Sunday, July 16, 2017

Le rôle de l’identité dans une société libre

Ce billet est le premier d’une série de quatre prévus autour du thème de l’identité dans la société numérique. Il s’intéresse au rôle et au besoin d’une identité des individus dans la société.

Nous n’avons pas toujours eu de carte d’identité et encore aujourd’hui, de nombreux pays n’imposent pas cette formalité à leurs citoyens. A l’heure où l’identité sur le Net, et à l’inverse l’anonymat, par exemple des « cybercriminels », fait question, il semble donc intéressant de tenter de mieux comprendre le rôle social de « l’identité » individuelle et la nature de son besoin.

Nous naissons connus de notre seule famille. Et au gré de la vie, nous rencontrons plus ou moins de gens que nous connaîtrons et reconnaîtrons et qui eux-mêmes en retour nous reconnaîtront. Ils se comptent en quelques centaines probablement, parfois en quelques milliers, jamais en millions. Pour ces gens qui nous connaissent, il est rare que la question de notre identité leur importe.

La question commence à se poser dès qu’on entre en relation professionnelle avec des inconnus. Je souhaite me faire embaucher, et mon employeur aimerait bien s’assurer que le contrat que je signe m’engage vraiment et donc que ma signature n’est pas faite au nom d’un autre, par exemple. Plus généralement, un long contrat, à forts enjeux, ne peut se concevoir qu’entre personnes qui ont pu établir un niveau assez important de confiance mutuelle, et se connaître et se reconnaître fait partie intégrante de cette confiance – je peux difficilement faire confiance à quelqu’un dont je ne sais rien.

A ce stade, il convient de noter que l’identité en tant que telle a peu d’influence. Que mon nom soit Paul ou Jacques, que j’en change régulièrement ou pas, un peu comme on change d’habits, importe peu. Une femme qui se change reste elle-même, elle ne change pas d’identité envers les autres. Le nom est un outil social convenu, ce n’est guère qu’un raccourci pratique : ce qui compte c’est d’être reconnu. Cela peut d’ailleurs se faire de nombreuses manières. Il suffit par exemple que plusieurs personnes connues de votre interlocuteur lui confirment qui vous êtes. Et fassent votre réputation.

Arrive alors, dans la société dite moderne, l’administration. Et tout change, parce que rien du monde administratif ne repose sur des relations contractuelles ou des relations de confiance. Pour Elle et ses agents, nous ne sommes plus quelqu’un de précis, mais un simple citoyen. Un numéro. Sans raison, l’administration nous crée des obligations que nous n’aurions pas dans la vie normale. Devoir faire une demande de carte grise, déclarer ses impôts, payer un « excès de vitesse », aller voter. Toutes ces nouvelles exigences ont en commun de reposer sur une relation de défiance. Finie la confiance qui est à la source de toutes les relations volontaires et spontanées de la vie normale en société.

L’administration a alors besoin d’un mécanisme pour s’assurer qu’à ses yeux nous sommes bien celui que nous prétendons être – et c’est là qu’arrive la carte d’identité ou le numéro de sécurité sociale aux Etats-Unis – quiconque a vécu dans ce symbole déchu de la liberté sait le poids du « SSN ».

Je sens venir les minarchistes ou autres libéraux qui ne manqueront pas de me faire remarquer que la police ou la justice ont besoin de connaître mon identité pour – par exemple – éviter de jeter un innocent en prison à ma place. Comme souvent, ce serait mélanger objectif et moyen. S’il est clair qu’il est légitime de souhaiter ne pas inverser les coupables, cela peut être fait sans problème par une police de proximité, une police qui nous connaît en personne, celle que ma copropriété emploie pour notre sécurité locale et de ce fait connaît tous les habitants du quartier. Et donc les autres.

C’est bien beau la proximité me direz-vous, mais comment fait-on sur Internet ? Eh bien, on fait comme sur Facebook, par exemple, on s’appuie sur nos connaissances communes. Les amis de mes amis peuvent confirmer que je suis bien celui ou celles que je prétends être. Je m’affiche sous un pseudonyme, ce n’est pas ma véritable identité ? Qu’en savez-vous, puisque c’est celle que j’ai choisie et que mes amis me reconnaissent ? Qui mieux qu’eux sait qui je suis vraiment ?

On le voit, dans la société libre et spontanée, l’identité est un concept très subjectif. C’est la confiance envers l’individu et sa capacité à respecter ses engagements qui compte vraiment.

Saturday, July 15, 2017

Une légitimité pour la fiscalité ?

La fiscalité est un sujet presque tabou pour un libéral, tant il va de soi qu’elle n’est en rien légitime. Outre leur assimilation à du vol sous l’angle du droit naturel, les impôts et taxes sont vides de toute base légitime, fût-elle issue du droit constitutionnel. Néanmoins, afin d’entrer dans leur propre logique, essayons de voir ce que certains textes fondateurs nous expriment.

La « contribution commune » supposée est encadrée par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Ainsi, l’article 14 énonce : « Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs Représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée. »

C’est clair, « consentir librement » à taxes ou impôts, c’est assez éloigné de la réalité que les citoyens vivent aujourd’hui. Par ailleurs, le « droit de constater la nécessité » de la contribution n’est-il pas un autre signe qu’il n’y en fait aucune fatalité, aucune évidence à la fiscalité ? Pour autant, l’impôt venant alimenter le régalien, cela pourrait-il justifier l’agression fiscale de l’état envers les citoyens ?

Car imposer et taxer ne sont que des mots plus politiquement corrects masquant un vol et un phénomène de spoliation. Il s’agit d’une vulgaire agression de la propriété individuelle et des fruits du travail du citoyen. Même prise par des représentants du peuple, la décision de lever l’impôt viole l’exigence voulant que l’individu y consente librement et en constate lui-même la nécessité.

Quoi qu’il advienne, disposer des fruits de son travail revient a priori à l’individu. Aucun pouvoir arbitraire, fut-il élu, n’a mandat pour piocher délibérément dans le porte-monnaie des citoyens pour « répartir la richesse » ou « faire de la dépense publique ». S’il y a nécessité, celle-ci se manifeste spontanément au sein de la société qui s’organise alors pour y faire face sans violence et uniquement par le commerce librement consenti. Parmi ces besoins, il peut y avoir la sécurité comme la justice.

Même pour les fonctions protectrices, aucun pouvoir politique n’a mandat a priori pour décider à notre place et exiger impôts ou taxes pour des raisons plus ou moins obscures. Ceci encore moins dans une démocratie où les politiciens en place ne sont élus que par une part infime des citoyens.

Les nombreuses variantes d’étatistes insistent pour voir en l’impôt un mal nécessaire. Ce type d’affirmation oublie de réfléchir à l’origine de cette prétendue nécessité. Qui donc décide pour moi et malgré moi de ce qui est nécessaire, comme les parents pour un jeune enfant ? Pourquoi la nécessité des uns vaudrait-elle plus que la nécessité des autres ? Même l’évidente nécessité d’une paix publique ne justifie pas de pratiquer l’oppression spoliatrice par la fiscalité. Si cette nécessité est aussi évidente, alors impôts et taxes peuvent être transformés en contributions communes librement consenties. Toujours en liberté, il faut se demander qui décide de ce qui est « nécessaire ».

D’autres, plus à gauche, font la promotion d’un impôt qui servirait la redistribution vers les pauvres. Mais selon une telle vision, comment justifier la présence des niches fiscales pour l’impôt sur le revenu sans rapport avec la richesse ou pauvreté présumées ? Et pourquoi de très nombreuses taxes, à commencer par la TVA, touchent-elles également les pauvres ? Qui est donc sous le robinet de la redistribution affichée en de tels cas, si ce ne sont bureaucrates, fonctionnaires et élus divers ?

Une thèse classique et proche voudrait que les riches payent l’impôt. Là encore, la question clé tient à savoir qui décide du niveau de richesse et comment la « richesse » se mesure. Cette fois, l’impôt serait fait pour niveler les revenus ? Comme si les revenus étaient tous d’origine malhonnête et qu’ainsi « justice sociale » devrait être faite. Cette thèse oublie que dans le cas des fonctionnaires par exemple, c’est en effet ce qu’il se passe : 100% du traitement d’un fonctionnaire vient de l’impôt, donc d’un vol et donc cette forme de revenu est bien intégralement d’origine malhonnête. Par contre, le « riche » entrepreneur n’a en général volé personne, car en matière de commerce, il n’y a que des gagnants – sauf paradoxalement (?) quand l’état s’en mêle. L’argument de la soi-disant « justice sociale » se retourne donc très vite vers ceux qui en abusent et oublient la vraie justice.

Le prochain tour de critiques vient demander comment vivrait l’état s’il n’y a plus d’impôts. C’est un peu mettre la charrue avant les bœufs, car l’état en tant que monopole du régalien n’a en réalité rien d’indispensable. L’état n’a aucune justification morale, pas plus que scientifique. Historiquement, il est le produit de conquêtes de territoires par violence physique, de meurtres, de sang versé pour le pouvoir. L’action libre et volontaire des êtres humains peut s’affranchir de ce système illusoire et monopoleur qui fait obstacle à une organisation libre et spontanée des fonctions régaliennes.

Enfin, beaucoup sont convaincus qu’il faut lutter contre la fraude fiscale. Mais comment le refus d’une contribution supposée être librement consentie peut-il s’analyser comme une fraude ? S’il existe une volonté de se soustraire aux impôts et taxes, cela ne peut être que parce qu’il y a défaut de consentement envers les décisions et actions des gouvernements. Le meilleur moyen de lutter contre la « fraude fiscale » supposée consiste tout simplement à appliquer strictement les exigences de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en demandant son accord avant tout impôt.

Citations
« L’impôt est une agression et une pénalité contre la propriété acquise et produite, qui conduit nécessairement à une réduction de la création de richesse incorporée dans cette propriété, et à un abaissement du niveau général de vie. L’impôt est un transfert forcé, non consenti, d’actifs patrimoniaux. » -- Jean-Baptiste Say
« Prélevé en fonction d’une norme décidée par les détenteurs du pouvoir étatique, sans respect de la personnalité de chacun, l’impôt pénalise la prise de risque et est foncièrement esclavagiste, allant à l’encontre de son but recherché, bafouant les droits fondamentaux de l’être humain et la propriété de l’individu » -- Pascal Salin

Friday, July 14, 2017

On ne choisit pas l’économie, elle s’impose à nous.

Lors d’un de ces tristes débats avec un mélenchoniste, où je tentais de lui faire comprendre l’intérêt de l’échange libre, celui-ci me rétorque soudain, avec ce tutoiement peu respectueux et spontané qui les caractérise : « En même temps, tu choisis l’économie monétaire plutôt qu’humaine… » Voilà donc qu’il y aurait deux types au moins d’économies et qu’on pourrait choisir librement entre elles lors de ces discussions qui animent la toile. Relativisme ambiant typique, où seul le « cœur » dicterait tout.

Pour être correct, je dois dire que je présume qu’il avait en tête le choix de 2 théories économiques différentes. Parler de l’économie humaine – le troc sans doute ? – n’irait pas loin dans un tel débat. Bref, c’est moi qui choisis mon sujet : Avons-nous vraiment le choix de la théorie économique dans un débat, et que pourrait être une théorie économique « humaine » mais pas « monétaire » ?
Tout d’abord, le choix d’une théorie. Sur ce point, il n’y a pas que les mélenchonistes qui montrent des difficultés, car ce sujet ressort tout aussi régulièrement lors de discussions avec des « libéraux », voire avec des « libertariens de gauche ». Pour expliquer l’idée de base, je passerai par la physique.

En physique, lorsqu’un phénomène est décrit et finit en une formule, par exemple le fameux e=mc2, il n’y a pas de choix de théorie. La formule est un aboutissement dans le travail de recherche, ici par Einstein, et la seule chose qui compte c’est que tout le monde reconnaisse que cette formule décrit bien ce qui se passe, ici que les relations entre masse et énergie sont celle d’une même identité. Il ne viendrait à l’idée de personne de parler de choix de théorie, car tout le monde a bien en tête que l’objet de la théorie est de décrire la réalité, et rien d’autre. Un jour peut-être on trouvera une formule encore plus générale qui décrit mieux la réalité, mais pour le moment, aucun doute permis.

Pourquoi alors faudrait-il qu’en matière d’économie l’objet de la théorie soit différent, qui ferait qu’une théorie pourrait être choisie en fonction notamment de la vision politique qu’on a de la chose sociale ? C’est bien évidemment une absurdité. La théorie économie, si elle existe, ne peut être que la description objective de la réalité sociale, ou sinon ne pas mériter d’être qualifiée de « théorie ». S’il y a théorique économique, celle-ci ne peut que s’imposer par sa fidèle expression de la réalité.

Pour la même raison, une théorie économique réaliste ne peut être qu’humaniste, puisque reposant sur la réalité du comportement humain dans ses rapports socio-économiques. La question du choix politique d’une théorie économique est donc une idée vouée à l’échec, conduisant à dire des bêtises. Elle repose bien sûr, depuis Marx au moins, sur cette conviction qui voudrait que les économistes et les gens en général ne pourraient lire et interpréter la réalité qu’à travers un biais, un prisme en lien direct avec leur situation sociale. Il n’y aurait donc pas de réalité, ou plutôt, elle serait inconnaissable.

Reste à trouver une théorie économique qui serait donc scientifique selon ces critères et de ce fait qui ne ferait pas question. Cela tombe bien, c’est le cas de la théorie dite autrichienne. Chance. Mais je sens déjà la question : mais qu’est-ce qui vous permet de l’affirmer ? Il faudrait bien plus que ce court billet pour répondre à ce qui a donné lieu à certains des ouvrages les plus complets de la science économique. J’espère juste aiguiser assez de curiosité du lecteur pour qu’il vérifie lui-même.

Disons simplement que la théorie autrichienne repose sur des concepts qui sont tellement simples, élémentaires même – le fait que chacun de nous prenne des décisions à chaque instant de sa vie – et sur une logique à la fois tellement rigoureuse et accessible qu’il est ainsi facile de se l’approprier et facile de constater la totale absence d’opinion politisée ou d’influence politique dans ses résultats.

Alors notre mélenchoniste et nos pseudo-libéraux ? Disons qu’ils sont le produit et le reflet d’un système d’enseignement pour le coup hautement politisé et qui veille bien à ne pas instruire ses ouailles afin que l’immense majorité reste ignorante de la chose économique et sociale et ainsi demeure loin de toute idée de remise en cause de la puissance publique et de son illusion.

Il nous faut positiver le mélenchoniste, finalement. C’est lui qui motive notre action d’information, ce devoir qui est le nôtre d’expliquer, expliquer encore en quoi et pourquoi l’état n’est pas notre avenir.