Saturday, September 16, 2017

La richesse ne peut être redistribuée

Redistribuer la richesse est un des grands crédos des discours politiques de notre temps. Il ne serait pas « bien » d’être « riche » et de ce fait, au lieu de s’occuper de la police et de notre sécurité comme il est censé le faire, l’état aurait comme nouvelle mission de « redistribuer » cette richesse.

Or cette expression associe deux mots qui sont doublement contradictoires, et c’est un signe des temps que personne ou presque ne fasse remarquer le double oxymore pour contester ce dogme.

Le premier angle est d’ordre moral. Il rappelle que la « richesse » peut venir d’activités diverses, à commencer le plus souvent par des activités parfaitement honnêtes et justes. Tout « riche » n’est pas forcément un malhonnête ou un voleur et à l’inverse, il y a au moins autant si ce n’est plus de « pauvres » que de « riches » qui ont un vol sur la conscience – à commencer par les hommes de l’état, qui sont des receleurs des impôts pris de force à autrui. De plus, redistribuer la richesse, c’est soit redistribuer le produit d’un vol, si on suit la logique social-démocrate, soit un vol imposé à ceux qui ont honnêtement gagné leur fortune. Dans les deux cas, redistribuer est un acte injuste, immoral.

Mais il y a un oxymore plus subtil, cette fois en lien avec la notion même de richesse. Le raisonnement précédent suppose une richesse comme un concept absolu, objectif. Un riche est riche, cela se constate factuellement sur son compte en banque. Rappelons que cette vision des choses, ce souhait de redistribution, nous vient de la « gauche », laquelle reproche allègrement à la « droite », et aux libéraux qu’elle lui associe, d’être par trop matérialiste et obnubilée par l’argent.

Or ne mesurer la richesse que par le compte en banque, quoi de plus matérialiste s’il vous plaît ? Classer les gens entre riches et pauvres, c’est précisément oublier tous ces critères du bonheur que la « gauche » souhaite pourtant imposer au capitalisme et libéralisme qu’elle critique pour cette erreur.

Car la richesse n’est pas absolue, mais relative – on dit qu’elle est subjective, parce que c’est l’individu, chacun de nous, qui seul peut juger ce qui le comble ou pas. Certains sont motivés dans leur vie à chercher à amasser des fortunes, d’autres à créer des toiles, d’autres encore trouvent plus ou moins leur équilibre entre compte en banque, confort et le coût en travail que cela suppose. Cette recherche d’un équilibre personnel conduit chacun à interagir, à échanger avec les autres par le travail, des produits ou des services, en fonction de ce qu’il espère obtenir pour aller vers sa richesse.

La richesse est donc une dynamique, ce n’est pas juste deux classes figées. La richesse au niveau de la collectivité est la manifestation de ce que chacun de nous a choisi de faire, d’acheter, d’abandonner ou de construire. Si on met de côté la malhonnêteté, évoquée plus haut, la distribution de la richesse est donc le reflet à un moment donné de l’aspiration combinée de chacun de nous à son bonheur propre. Parler de sa redistribution, c’est à la fois prétendre savoir mieux que nous ce qui peut faire notre bonheur et ne pas voir que toute redistribution ne peut que détruire la richesse. La destruction résulte de la négation de la subjectivité de la richesse. Tu es riche, ou pauvre parce que moi, état, je l’ai décidé. Redistribuer, c’est imposer une vision matérialiste sous un prétexte anti-matérialiste.

Monday, September 11, 2017

La démocratie n’est-elle pas l’arbre qui cache la forêt de la liberté ?

La démocratie remonte à la Grèce antique, où elle se pratiquait pour et par une « élite ». Elle a beaucoup évolué depuis pour devenir un genre politique vu comme « idéal » dans la plupart des pays actuels, avec la réputation d’être la « moins mauvaise » des organisations sociales pour « régler » les questions de la justice et de l’égalité face au droit. Pourtant, la démocratie moderne n’est pas dépourvue de dysfonctionnements sociaux et économiques, car les problèmes particuliers se voient gérés dans un cadre général, bien plus coûteux et dans lequel l’égalité est confondue avec légalité.

Churchill a osé dire : « La démocratie est le pire système de gouvernement, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l’histoire ». Comment se fait-il alors que nous soyons encore en démocratie ? Pourquoi n’avons-nous pas analysé cette remarque, qui laisse le futur ouvert, afin de dépasser cette démocratie si problématique ? Probablement parce que beaucoup pensent simplement que la démocratie est un synonyme de liberté, et là est bien leur erreur.

On peut voir les libertariens à la fois comme profondément démocrates et anti-démocrates. Ce paradoxe apparent exprime souvent une confusion quant à la nature de la démocratie face aux exigences de la liberté. Il est évident que les libertariens souhaitent un peuple qui tienne les rennes de sa propre destinée. Est-ce pour autant que les libertariens sont pour l’une ou l’autre des multiples formes de démocratie représentative ? La réponse est cette fois clairement négative, car cette démocratie-là suppose un pouvoir politique parfaitement incompatible avec la liberté.

La démocratie moderne porte en elle deux défauts majeurs face à la liberté. Le principal tient au mécanisme du vote, binaire et sans nuance, qui force d’abord l’individu à choisir entre un nombre limité d’options ou de personnes qu’il n’a en général pas proposées, puis le force à accepter le choix fait par une majorité à laquelle il n’appartient pas forcément, même quand ce choix est radicalement à l’opposé de ce qu’il considère son intérêt propre ou au détriment de sa propriété légitime. On dit que la démocratie constitue ainsi une forme de tyrannie de la majorité envers les minorités.

Le second défaut est plus spécifique des démocraties représentatives. L’idée de voter pour un député ou autre « représentant » ne paraît pas forcément choquante, la vraie vie est pleine de ces situations où l’on délègue un « pouvoir » à un tiers qui a notre confiance. Sauf que le « député », outre d’être choisi par la majorité et non par l’individu, n’a aucun contrat avec le citoyen votant qui l’engagerait à respecter l’intérêt de ses électeurs. Le quotidien de la vie politique regorge d’exemples de « représentants » de tous bords qui, une fois élus, agissent plus dans leur intérêt particulier au lieu de « représenter » ces électeurs naïfs qui ont cru pouvoir faire confiance à un politicien.

La démocratie directe, on pense à la Suisse, est souvent moins contestée par les libéraux. Pourtant, elle demeure un vote, forme de contrainte envers la minorité. Il reste néanmoins une forme de démocratie libérale qu’on oublie souvent : celle qui prend corps à chaque instant sur le marché libre, où le choix de chacun s’exprime pour « voter » pour tel ou tel produit ou service, et ceci sans jamais ni subir ni imposer le « vote » d’autrui pour un produit concurrent. Ce vote est libéral parce qu’il sort du champ du pouvoir et de la politique. La démocratie du win-win est la seule vraie démocratie.

Ainsi, la démocratie n’a rien du mécanisme indispensable au maintien de la liberté que beaucoup mettent en avant. Pour preuve, il y a de par le monde de nombreuses démocraties authentiques qui n’offrent aucune liberté – Cuba et la Corée du Nord viennent à l’esprit. On contestera le caractère « authentique », sans doute. Pour vite se rendre compte que dans bien des pays, la démocratie a été dévoyée de son objectif pour la limiter à ce mécanisme de vote – prétexte – avec laquelle elle se confond. La liberté ne passe donc pas par la démocratie, mais par la réduction du pouvoir politique.

Certes, la démocratie est un concept issu des Lumières, il n’y aurait dès lors pas d’alternative et sa légitimité serait pour toujours établie. Dire si les auteurs des Lumières surent faire la distinction entre fonction décisionnelle et mécanisme de prise de décision (le vote) dépasse le cadre de ce texte. A l’époque, il n’est pas sûr que la pensée économique ait laissé imaginer que le marché libre puisse se substituer systématiquement au vote et au pouvoir, comme le propose les libertariens. Toujours est-il que désormais, la compréhension du droit et du marché libre permet de dire qu’il existe une alternative au vote qui permet une réelle « démocratie opérationnelle », où toutes les décisions, en particulier les fonctions régaliennes, sont confiées au libre marché, où chaque libre transaction exprime un « vote » personnel qui assure la sécurité et le choix de chacun sans jamais nuire à autrui.

Citations
« Tant mieux si la démocratie est en crise. La démocratie est un système immoral. La préoccupation principale des libertariens doit être de réduire le rôle de l’État et d’éliminer les raisons de prendre des décisions collectives, non d’aider la clique de parasites étatiques à consolider son pouvoir sous prétexte de mieux refléter la volonté collective. » -- Martin Masse, in « La Démocratie contre la Liberté »

« Ce qui importe n’est pas la nature du gouvernement, mais les limites de son pouvoir. Un empereur de droit divin, qui respecte la sécurité des personnes et des biens et leurs initiatives, assure mieux la paix et la justice qu’une majorité élue, raciste et rapace. » -- Christian Michel, in « Pourquoi je ne suis pas démocrate »

« La plus triste des vies est celle d’un aspirant politique en démocratie. Son échec est ignominieux et son succès est honteux. » -- Henry Louis Mencken

Pour aller plus loin, le livre de Frank Karsten « Dépasser la démocratie » passe en revue une série de treize mythes dont la démocratie souffre. Il montre, point par point, combien démocratie et Liberté sont incompatibles et conteste cette relation évidente qu’on nous sert régulièrement en pré-pensé. Voir http://francais.beyonddemocracy.net/

Monday, September 4, 2017

La cybersécurité pousse-t-elle vers une carte d’identité numérique ?

Ce billet est le troisième d’une série de quatre prévus autour du thème de l’identité dans la société numérique. Il aborde le lien sécuritaire entre identité numérique et cybersécurité.

L’article précédent a fait le lien entre un état trop gros pour connaître ses citoyens et l’émergence de papiers d’identité comme conséquence. On peut illustrer ce phénomène, qui ne fait que s’amplifier, en rappelant l’échange type avec un policier qui vous arrête pour excès supposé de vitesse : il vous demande vos papiers, comme si votre acte ne suffisait pas à sa tâche ou comme si votre identité officielle pouvait changer sa décision – qui devrait pourtant ne dépendre en rien de votre identité.

C’est quand il prend la casquette de la « justice » que le policier justifie la demande d’identité, car il faut pouvoir gérer le « dossier » du « justiciable » et son historique. On entre dans la procédure judiciaire et la bureaucratie, où il y a besoin de rompre l’anonymat de l’acte lui-même pour faire le lien entre une procédure et un individu numéro vu comme citoyen justiciable. On retrouve bien sûr ce type de motivation bureaucratique dans la société numérique, comme on va le voir.

Sur le Net, tout se passe dans la virtualité. L’explosion de l’économie s’accompagne d’une explosion de malveillance, sinon réellement de « cyber criminalité » – car il reste encore difficile de mener des meurtres par Internet, même s’il est vrai que cela devient de plus en plus possible et plausible. Cette « malveillance » fait bien sûr l’objet d’investigations, de recherche des acteurs, pour d’une part les faire cesser, mais aussi pour décider in fine de leur culpabilité et des poursuites éventuelles.

Or le domaine de la sanction judiciaire est un domaine bien réel, celui des citoyens et de leur identité accordée et formalisée par l’état. Le policier et le juge du monde virtuel ont de plus en plus besoin de faire le lien entre cette identité et la ou les multiples visages virtuels qu’il est possible de prendre dans le monde numérique. Le numérique connaît ce paradoxe où il serait possible d’être un criminel du virtuel, mais où la sanction ne saurait par contre pas s’y virtualiser.

Ce besoin identitaire bureaucratique est de plus en train de s’accroître du fait de l’accélération de la menace « cyber ». Les « attaques » sur Internet n’ont rien de nouveau, elles se produisent depuis que les premiers « virus » ont vu le jour dans les années 80 et 90. Jusque dans les années 2000, le « cyber crime » payant peu et faisant peu de dégâts, les polices n’étaient que très peu actives dans le domaine – du fait aussi de leur faible formation et compétences techniques de l’époque. Mais l’ampleur et la fréquence des malveillances allant explosant, et la pression des entreprises et organisation victimes poussant de même, il n’a plus été possible d’ignorer le sujet. Désormais, les états se préoccupent de la menace et beaucoup ont mis en place des « agences » pour protéger, défendre et poursuivre les acteurs fugaces agissant souvent hors des domaines réglementés.

On commence à voir des cartes d’identité avec une puce intégrée, comme c’est le cas en Belgique, et bien d’autres projets sont à l’étude. La motivation première consiste à pouvoir signer des actes et des transactions de manière électronique avec un degré de confiance et de sécurité technique qui conviennent aux administrations. Mais de là à imaginer que demain il devienne obligatoire de s’authentifier, c’est-à-dire attester de son identité réelle, avec de telles cartes d’identité numérique dans tous les actes de notre vie sur Internet, il y a qu’un pas que beaucoup envisagent pour demain.

Dans un tel monde, non seulement nous auront perdu toute virtualité, mais notre liberté d’action sera bien moindre que dans le monde réel devenu perdu et oublié, car il sera possible pour la machine étatique de suivre et connaître le moindre de nos faits et gestes. Face à cette crainte, j’ai longtemps cru moi-même que seuls ceux qui avaient quelque chose à se reprocher méritaient de s’inquiéter. Depuis, j’ai compris que tout le monde a potentiellement quelque chose à se reprocher quand les lois sont faites de manière arbitraire et hors de tout objectif de respect de notre liberté.

Friday, September 1, 2017

Travail par ordonnance

Ainsi donc, Macron fait parler de lui par un texte qui ose donner un léger coup de rabot au code du travail. Le projet aura fait beaucoup de bruit, c’est le but premier, et la teneur du texte sera l’objet de nombreuses critiques sur le détail des mesures ou mesurettes. Ce n’est pas ce que j’en retiendrai. Ce qui m’interpelle, c’est le fait même de passer par une – des – ordonnances.

Après sa large victoire, le président a réussi à la doubler par une marée de novices à sa bannière arrivés au Palais Bourbon, donnant ainsi la majorité à son gouvernement. On me dira qu’il reste le Sénat, mais avec celui-ci à droite, où est l’obstacle quand il s’agit de faire dans le libéral ? A moins bien sûr que la Droite du Sénat ne soit pas (vue comme) libérale, mais qui imaginerait une telle ironie ?

La question simple consiste alors à se demander pourquoi passer par le mécanisme de l’ordonnance, qui court-circuite toutes les institutions et les procédures habituelles, quand on a la majorité de l’assemblée à sa botte. Est-ce à dire que le gouvernement n’a pas confiance en ses députés pour voter une loi selon la procédure classique ? Ou pourrait-il y avoir d’autres raisons à cette manœuvre ? De plus, cette question amène celle de la portée de cette stratégie : le gouvernement par ordonnance se limitera-t-il au travail ?

Macron nous explique il y a quelques jours que le pays n’est pas réformable, mais juste après utilise un mécanisme de passage en force pour montrer qu’il arrive malgré tout à pousser une réformette. Comment voire en tout ce bruit plus de la posture qu’une réelle volonté de « marcher » de l’avant ?

Parler du besoin de réforme de la France, c’est constater l’immense besoin de libéraliser et de dérigidifier, d’éliminer le carcan de nos 69 codes, dont bien sûr celui du travail. Mais une fois ce constat fait, et une fois choisie l’option musclée de l’ordonnance, pourquoi limiter son ambition ? On se donne les moyens de faire la réforme, mais on accouche d’une souris. Forcément, il n’y a rien de moins réformable que ce qu’on ne tente jamais de réformer.

Une véritable ordonnance sur le travail aurait été utile si elle avait largement étêté l’Hydre du code du travail et son système tentaculaire qui englue tout énergie. On aurait pu rêver d’une abolition pure et simple du code dans son ensemble, du moins de son caractère légal et obligatoire. Imaginez un pays ou simplement le SMIC ne serait plus obligatoire, les 35 heures non plus, le chômage idem.

Voilà qui serait pertinent, à la hauteur des enjeux, et sans doute le signe d’un libéral plus évident. On se prendrait alors à rêver d’une série de 69 ordonnances, une pour chacun des codes inutiles qui seraient ainsi rendus au rang d’accidents de l’histoire. Voilà qui serait un travail d’ordonnance utile.

Mais serait aussi source d’inquiétude pour la liberté, car cela nous confirmerait la fragilité de notre système faussement démocratique, où comme dans une monarchie pourtant guillotinée, un parvenu est en mesure de faire le bien comme le mal, à sa guise et selon son humeur : il ne nous reste dans ce système que l’espoir qu’il sera inspiré et motivé pour nous « ordonner le bien » ou la liberté, au lieu de nous enfoncer un peu plus vers le gouffre comme le firent ses prédécesseurs. Pas la peine de donner des leçons de « démocratie » quand on concentre à ce point le pouvoir et l’arbitraire.

Wednesday, August 23, 2017

Le « sacrifice inutile » de Hollande », fruit des journalistes inutiles

Nous avons atteint hier soir un sommet dans le ridicule journalistique, déjà bien avancé pourtant. Les médias télévisés autorisés avaient il faut croire si peu à dire qu’ils ont sauté sur l’occasion que le simple citoyen François Hollande leur offrait de parler pour ne rien dire en relayant sa petite phrase sur le « sacrifice inutile » des Français – la phrase prononcée étant en plus maladroitement ambiguë et laissant imaginer que ce puissent être les Français qui seraient les « inutiles »…

Il faut dire qu’il est clair que tout va tellement bien en ce pays qu’il n’y a rien à en dire qui aurait pu avoir plus d’importance que cette phrase inutile, c’est bien évident. Aucune information sur le chômage, le terrorisme, la baisse du pays dans le classement économique mondial, rien de tout cela ni tant d’autres sujets ne pouvait clairement prendre la place d’une petite phrase d’un incompétent.

Cela reflète évidemment le choix fait par le chef de rédaction de la ou des télévisions incriminées. On aurait pu rêver que ce responsable opte en effet plutôt pour un reportage, même rapide, sur un des sujets concernant réellement son auditoire en lieu et place de cette triste bouffonnerie. A cet égard, une analyse rapide pourrait conclure à une incompétence dudit chef de rédaction. Il n’en est rien.

Mettons-nous un instant à sa place. Un reportage de fond coûte cher : il faut financer un journaliste, voire toute une équipe pendant plusieurs jours au moins, faire une synthèse après moult réflexions, préparer des textes, monter les coupes, etc. De plus, la valeur est incertaine, le journaleux n’est jamais vraiment sûr que son sujet intéressera assez de monde pour que les retours publicitaires ou du moins la hausse de réputation remboursent cet investissement parfois conséquent.

Par contre, si Hollande ou autre « célébrité » quelconque appelle pour un vague discours, il suffit d’envoyer un porte-micro et un caméraman et hop, le tour est joué. Pas besoin de beaucoup d’argent et comme le « buzz » est pratiquement assuré tout de suite, le calcul est vite fait.

Bien sûr, un tel raisonnement est court-termiste et ne peut pas mener un tel journalisme bien loin, comme on le voit de plus en plus ces dernières années. Mais est-ce à dire que ce phénomène est intrinsèque au métier de journaliste ? Heureusement, non, il ne l’est pas. Il est lié au statut que le pouvoir politique et étatique veille bien à donner à ce simulacre dans nos démocraties sociales.

Car le journaliste n’est pas toujours mauvais, en conditions normales, il cherche à être pertinent car son métier et sa valeur envers ses lecteurs ou auditoire reposent précisément sur sa capacité à apporter une information ayant un intérêt, une connaissance, un éclairage. Alors pourquoi cela n’est-il presque plus jamais le cas de nos jours et du moins en cette circonstance minable ?

Dans le cas de la télévision et des chaînes dites d’information, l’absence de liberté d’accès aux ondes crée une quasi absence de concurrence qui nuit à la qualité des reportages. Quand XFM n’a personne en face – sauf une autre chaîne sur le même format qui n’est là que pour faire croire au libre accès aux ondes, il est évident que peu à peu, rien ne les poussant à la pertinence, le chef de rédaction a tous les motifs pour aller de plus en plus au plus facile, à ce qui coûte le moins.

Alors, dans un pays qui se veut de la liberté d’expression, à quand la fin des subventions à la presse, les niches fiscales des journalistes et la liberté d’imprimer et d’accéder aux ondes ?

Saturday, July 22, 2017

Brevets : Les idées sont-elles objets de propriété devant être protégés ?

Notre société post-industrielle repose de plus en plus sur l’immatériel. Les brevets sont un de ces mécanismes mis en place il n’y a que quelques décennies avec l’objectif affiché de protéger la copie d’innovations techniques et de permettre aux inventeurs de profiter de leurs créations. Mais de nos jours on constate que le concept est très dévoyé. Le brevet est utilisé autant pour défendre une idée que pour empêcher la concurrence d’innover de manière concurrentielle et légitime. Au-delà, on s’aperçoit que le concept même de propriété intellectuelle, récent, est vide de sens et de légitimité.

La chose est en fait assez simple. La propriété est un mécanisme juridique destiné à servir de base au règlement du principal conflit inhérent à la vie sociale, celui de l’accès aux ressources matérielles. La propriété donne une base de légitimité universellement reconnue, ce qui permet de trancher entre deux personnes qui revendiqueraient un même terrain ou un même pain, au profit du propriétaire.

Par contre, le domaine des idées et de la création intellectuelle en général ne présente pas ce conflit inhérent. Ce n’est pas parce qu’on partage une idée qu’on en est dépossédé. Il n’y a pas de conflit et donc il n’y a pas lieu de protéger qui que ce soit. Mieux, une idée n’a d’intérêt social que si partagée.

Certains utilitaristes avancent que sans brevet ou autre, les inventeurs ne pourraient pas profiter de leurs innovations et que la copie trop facile pose le risque de la dissuasion à innover. Il n’y a là qu’un signe de courte vue, car il y a bien d’autres façons de valoriser ses idées que celles de notre société.

Bien des contradicteurs avancent que sans brevet, aucune invention moderne ne pourrait être rentabilisée, ce qui découragerait l’innovation, dans ce monde complexe. Or dans le cas général, deux inventeurs n’ont pas le même talent pour profiter de leur invention. L’inventeur du disque vinyle par exemple, s’il veut profiter au mieux du potentiel de son invention sur le marché, doit non seulement être inventeur, mais aussi industriel, promoteur et disposer d’un vaste carnet de contacts auprès des artistes. A l’inverse, le boulanger qui crée un pain aux fleurs de courgettes peut très bien se satisfaire de sa clientèle et vendre son idée à un minotier qui en fera un pain industriel original.

En fait, il existe bien des moyens d’exploiter une idée, et le meilleur moyen dépend de la volonté et de la capacité de l’inventeur. De plus, toute invention ou innovation n’a pas forcément vocation à devenir industrielle. A l’inverse, les industriels, tel Coca Cola et sa recette, disposent de bien des mécanismes pour protéger leur savoir-faire. C’est en réalité une question de stratégie commerciale. Selon que le projet de l’inventeur sera plus ou moins industriel, selon qu’il choisira de s’associer avec des partenaires – distributeurs – il n’aura pas besoin de se protéger de la même manière.

Autre piste, certains nationalistes pensent qu’il faut protéger notre savoir-faire vis-à-vis des pays à faible coût de main d’œuvre. C’est là un réflexe protectionniste dont toutes les bonnes théories économiques montrent qu’il va à l’inverse des intérêts des peuples des deux pays concernés. La meilleure façon de protéger un savoir-faire, c’est de le rendre indispensable auprès du marché mondial en développant la demande et en gardant continuellement la longueur d’avance initiale.

Par ailleurs, une thèse un peu naïve prétend que sans possibilité de brevet, beaucoup de laboratoires ne pourraient exister ou survivre. Or on pourrait inverser l’argument. Pourquoi créer un laboratoire (de recherche) si c’est pour craindre de partager ce qu’on y trouve ? Pour que l’automobile connaisse le succès, il a bien fallut accepter d’en partager le concept avec le marché mondial. De même avec tout produit, ce n’est qu’en acceptant de mettre une partie dans le domaine public – mais pas d’autres – qu’on peut transformer une idée en profits substantiels. Mais il n’y a là rien de nouveau, cela se passe ainsi depuis que le monde est monde. Pourquoi des brevets pour ce simple prétexte ?

Pourtant, disent d’autres critiques du monde libéral, même Ayn Rand, libertarienne peu discutable, était en faveur de la protection de la création, fruit de l’effort mental du créateur. Certes. Mais Ayn Rand fut tout sauf une économiste et son opinion souffre souvent d’une analyse limitée dans ce domaine et précisément à propos de la propriété intellectuelle. Son point de vue confond création et distribution de la création. Le talent qui permet de produire une idée ne peut en général pas se passer d’autres talents pour en tirer les fruits. Ce n’est pas juste une création qui fait la richesse légitime, mais la capacité à combiner cette création avec bien d’autres talents pour que le marché achète et rémunère. L’oubli du besoin de cette combinaison fait le talon d’Achilles des brevets.

Citations
« Il n’est tout simplement pas vrai que nous ayons un droit quelconque à ne pas être copiés ; le seul droit légitime que nous possédions est celui de faire tout ce que nous pouvons faire pour empêcher les autres de s’approprier la valeur de notre invention (ou création) en utilisant les ressources qui sont légitimement les nôtres, sans porter atteinte à leurs propres droits. » -- Henri Lepage

« L’exclusivité [du brevet] viole le droit naturel d’un individu de découvrir et exploiter les fruits de son travail ou de son intelligence ou d’imiter quelqu’un d’autre. Cet acte d’un concurrent ne prive pas l’inventeur des fruits de son travail, il le prive de gains à l’échange exactement comme un concurrent peut le faire dans n’importe quelle activité. » -- Bertrand Lemennicier

Quelques problèmes sociaux aujourd’hui et demain liés à une pièce d’identité

Ce billet est le second d’une série de quatre prévus autour du thème de l’identité dans la société numérique. Il s’intéresse aux travers de la mise en place d’une carte d’identité par l’état.

On a vu dans le billet précédent que dans la vie courante, il n’y a pas besoin de carte d’identité. Celle-ci résulte de l’éloignement, de la distance mise entre l’individu et l’administration qui ne le connaît pas, ou plus plutôt, alors même que ce serait plus logiquement à elle de se faire reconnaître.

Parmi les phénomènes sociaux aberrants récents liés à l’identité officielle, les « Sans papiers » sont probablement encore dans les mémoires. Voilà des migrants qui ont volontairement détruits – ou caché – leurs pièces d’identité pour espérer profiter d’un « vide juridique » des textes obscurs établissant le « social » en ce pays, et ainsi bénéficier d’une manne et d’une légalité. Ce n’est bien sûr pas leur démarche qui choque – elle est rationnelle – mais l’idée même qu’un législateur inique ait pu donner un statut particulier à des individus selon leur capacité ou pas à produire une « identité ».

C’est d’ailleurs là tout le problème de ce concept. Imaginez, cher « compatriotes », que les circonstances – une inondation, un incendie – devaient détruire vos « papiers ». Alors même que votre situation serait des plus critiques, vous ne pourriez plus bénéficier des « services publics » ni de tous ces machins rendus obligatoires pour la seule raison de votre incapacité à prouver qui vous êtes. Paradoxe où je te reconnais d’un côté, mais je me défie de toi quand je t’oblige à venir à moi.

Dans une société de carte d’identité, la règle de base est à la défiance, il faut prouver qui ont est. Cette logique est absurde et incohérente : suis-je en droit de contester le paiement de mes impôts sur la seule base de la remise en cause de l’identité de mon percepteur ? Après tout, pourquoi payer le fisc quand on n’est même pas sûr que l’argent soit bien reçu par ce gouvernement qui le réclame ?

Un autre problème de fond de l’identité étatique tient à son lien avec la nationalité. S’il ne s’agissait que d’un mécanisme, une sorte de service pour attester de l’identité de Paul ou de Jacques, cela pourrait s’avérer utile dans un monde ouvert où les distances se gomment – on y reviendra. Mais la carte d’identité est aussi une carte de nationalité, comme le passeport. Elle est accordée non pas à qui la demande contre paiement, mais à ceux que l’état français reconnaît parmi ses ouailles.

Ce mécanisme crée alors un phénomène de banalisation, d’égalitarisme et de collectivisation. L’individu bien qu’identifié et reconnu pour lui-même, se trouve en même temps dépersonnifié par l’assimilation que lui impose une nationalité identique à celle de personnes dans lesquelles il ne se reconnaît pas forcément. « Je suis aussi Français que vous » est une phrase souvent entendue, qui illustre le nivellement implicite que cette forme d’identité porte en elle. Je ne suis pas reconnu pour qui je suis, mais pour mon appartenance fortuite et imposée à une abstraction qui m’assimile à d’autres individus, certainement respectables, mais avec lesquels je n’ai pas grand-chose à voir.

Au-delà de ce tour d’horizon très rapide, une des questions brûlantes tient à l’évolution de cette « identité nationale » alors que tout se numérise : que vaut la carte d’identité sur Internet ? Pas grand-chose si on considère le support matériel, impropre pour cet environnement. Mais on peut imaginer, comme certains pays y travaillent voire tentent des approches, qu’une carte à puce ou autre permette de franchir la barrière du numérique. Que faire alors d’une telle identité ?

On se rend compte tout de suite qu’elle se trouve en concurrence avec toutes les autres formes d’identité qu’on trouve sur le Net – à commencer par votre compte Facebook ou Google. Et qu’elle n’est guère reconnue que par les mêmes institutions nationales que dans la vraie vie : l’état péruvien a peu de chance de reconnaître mon identité comme français. On comprend donc vite que l’absence de nationalité sur le Net conduit au besoin d’une identité qui soit reconnue ou reconnaissable sans la moindre prise en compte des identités nationales, vides de pertinence.

On commence à voir pointer des services privés d’identité numérique. La compétition se fait en ce moment sur deux axes. Certains comme Google jouent sur le caractère universel de l’identité, sa capacité à être reconnue et techniquement compatible avec l’immense majorité des sites web. D’autres proposent de vous offrir une identité numérique avec plus ou moins « d’assurance », c’est-à-dire de preuve plus ou moins forte qu’il s’agit bien de vous. Cela est utile par exemple lors de transactions commerciales sur Internet impliquant des montants spécialement importants.

C’est la beauté du marché que de progressivement faire émerger une identité qui revienne à l’origine du besoin social, tel qu’abordé dans le billet précédent. On peut parier que l’identité numérique – nos identités numériques – sera ainsi affranchie de sa part d’étatisme – lourdeur, arbitraire, défiance – et finira par remplacer nos cartes et passeports à un horizon bien plus court qu’on l’imagine.

Sunday, July 16, 2017

Le rôle de l’identité dans une société libre

Ce billet est le premier d’une série de quatre prévus autour du thème de l’identité dans la société numérique. Il s’intéresse au rôle et au besoin d’une identité des individus dans la société.

Nous n’avons pas toujours eu de carte d’identité et encore aujourd’hui, de nombreux pays n’imposent pas cette formalité à leurs citoyens. A l’heure où l’identité sur le Net, et à l’inverse l’anonymat, par exemple des « cybercriminels », fait question, il semble donc intéressant de tenter de mieux comprendre le rôle social de « l’identité » individuelle et la nature de son besoin.

Nous naissons connus de notre seule famille. Et au gré de la vie, nous rencontrons plus ou moins de gens que nous connaîtrons et reconnaîtrons et qui eux-mêmes en retour nous reconnaîtront. Ils se comptent en quelques centaines probablement, parfois en quelques milliers, jamais en millions. Pour ces gens qui nous connaissent, il est rare que la question de notre identité leur importe.

La question commence à se poser dès qu’on entre en relation professionnelle avec des inconnus. Je souhaite me faire embaucher, et mon employeur aimerait bien s’assurer que le contrat que je signe m’engage vraiment et donc que ma signature n’est pas faite au nom d’un autre, par exemple. Plus généralement, un long contrat, à forts enjeux, ne peut se concevoir qu’entre personnes qui ont pu établir un niveau assez important de confiance mutuelle, et se connaître et se reconnaître fait partie intégrante de cette confiance – je peux difficilement faire confiance à quelqu’un dont je ne sais rien.

A ce stade, il convient de noter que l’identité en tant que telle a peu d’influence. Que mon nom soit Paul ou Jacques, que j’en change régulièrement ou pas, un peu comme on change d’habits, importe peu. Une femme qui se change reste elle-même, elle ne change pas d’identité envers les autres. Le nom est un outil social convenu, ce n’est guère qu’un raccourci pratique : ce qui compte c’est d’être reconnu. Cela peut d’ailleurs se faire de nombreuses manières. Il suffit par exemple que plusieurs personnes connues de votre interlocuteur lui confirment qui vous êtes. Et fassent votre réputation.

Arrive alors, dans la société dite moderne, l’administration. Et tout change, parce que rien du monde administratif ne repose sur des relations contractuelles ou des relations de confiance. Pour Elle et ses agents, nous ne sommes plus quelqu’un de précis, mais un simple citoyen. Un numéro. Sans raison, l’administration nous crée des obligations que nous n’aurions pas dans la vie normale. Devoir faire une demande de carte grise, déclarer ses impôts, payer un « excès de vitesse », aller voter. Toutes ces nouvelles exigences ont en commun de reposer sur une relation de défiance. Finie la confiance qui est à la source de toutes les relations volontaires et spontanées de la vie normale en société.

L’administration a alors besoin d’un mécanisme pour s’assurer qu’à ses yeux nous sommes bien celui que nous prétendons être – et c’est là qu’arrive la carte d’identité ou le numéro de sécurité sociale aux Etats-Unis – quiconque a vécu dans ce symbole déchu de la liberté sait le poids du « SSN ».

Je sens venir les minarchistes ou autres libéraux qui ne manqueront pas de me faire remarquer que la police ou la justice ont besoin de connaître mon identité pour – par exemple – éviter de jeter un innocent en prison à ma place. Comme souvent, ce serait mélanger objectif et moyen. S’il est clair qu’il est légitime de souhaiter ne pas inverser les coupables, cela peut être fait sans problème par une police de proximité, une police qui nous connaît en personne, celle que ma copropriété emploie pour notre sécurité locale et de ce fait connaît tous les habitants du quartier. Et donc les autres.

C’est bien beau la proximité me direz-vous, mais comment fait-on sur Internet ? Eh bien, on fait comme sur Facebook, par exemple, on s’appuie sur nos connaissances communes. Les amis de mes amis peuvent confirmer que je suis bien celui ou celles que je prétends être. Je m’affiche sous un pseudonyme, ce n’est pas ma véritable identité ? Qu’en savez-vous, puisque c’est celle que j’ai choisie et que mes amis me reconnaissent ? Qui mieux qu’eux sait qui je suis vraiment ?

On le voit, dans la société libre et spontanée, l’identité est un concept très subjectif. C’est la confiance envers l’individu et sa capacité à respecter ses engagements qui compte vraiment.

Saturday, July 15, 2017

Une légitimité pour la fiscalité ?

La fiscalité est un sujet presque tabou pour un libéral, tant il va de soi qu’elle n’est en rien légitime. Outre leur assimilation à du vol sous l’angle du droit naturel, les impôts et taxes sont vides de toute base légitime, fût-elle issue du droit constitutionnel. Néanmoins, afin d’entrer dans leur propre logique, essayons de voir ce que certains textes fondateurs nous expriment.

La « contribution commune » supposée est encadrée par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Ainsi, l’article 14 énonce : « Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs Représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée. »

C’est clair, « consentir librement » à taxes ou impôts, c’est assez éloigné de la réalité que les citoyens vivent aujourd’hui. Par ailleurs, le « droit de constater la nécessité » de la contribution n’est-il pas un autre signe qu’il n’y en fait aucune fatalité, aucune évidence à la fiscalité ? Pour autant, l’impôt venant alimenter le régalien, cela pourrait-il justifier l’agression fiscale de l’état envers les citoyens ?

Car imposer et taxer ne sont que des mots plus politiquement corrects masquant un vol et un phénomène de spoliation. Il s’agit d’une vulgaire agression de la propriété individuelle et des fruits du travail du citoyen. Même prise par des représentants du peuple, la décision de lever l’impôt viole l’exigence voulant que l’individu y consente librement et en constate lui-même la nécessité.

Quoi qu’il advienne, disposer des fruits de son travail revient a priori à l’individu. Aucun pouvoir arbitraire, fut-il élu, n’a mandat pour piocher délibérément dans le porte-monnaie des citoyens pour « répartir la richesse » ou « faire de la dépense publique ». S’il y a nécessité, celle-ci se manifeste spontanément au sein de la société qui s’organise alors pour y faire face sans violence et uniquement par le commerce librement consenti. Parmi ces besoins, il peut y avoir la sécurité comme la justice.

Même pour les fonctions protectrices, aucun pouvoir politique n’a mandat a priori pour décider à notre place et exiger impôts ou taxes pour des raisons plus ou moins obscures. Ceci encore moins dans une démocratie où les politiciens en place ne sont élus que par une part infime des citoyens.

Les nombreuses variantes d’étatistes insistent pour voir en l’impôt un mal nécessaire. Ce type d’affirmation oublie de réfléchir à l’origine de cette prétendue nécessité. Qui donc décide pour moi et malgré moi de ce qui est nécessaire, comme les parents pour un jeune enfant ? Pourquoi la nécessité des uns vaudrait-elle plus que la nécessité des autres ? Même l’évidente nécessité d’une paix publique ne justifie pas de pratiquer l’oppression spoliatrice par la fiscalité. Si cette nécessité est aussi évidente, alors impôts et taxes peuvent être transformés en contributions communes librement consenties. Toujours en liberté, il faut se demander qui décide de ce qui est « nécessaire ».

D’autres, plus à gauche, font la promotion d’un impôt qui servirait la redistribution vers les pauvres. Mais selon une telle vision, comment justifier la présence des niches fiscales pour l’impôt sur le revenu sans rapport avec la richesse ou pauvreté présumées ? Et pourquoi de très nombreuses taxes, à commencer par la TVA, touchent-elles également les pauvres ? Qui est donc sous le robinet de la redistribution affichée en de tels cas, si ce ne sont bureaucrates, fonctionnaires et élus divers ?

Une thèse classique et proche voudrait que les riches payent l’impôt. Là encore, la question clé tient à savoir qui décide du niveau de richesse et comment la « richesse » se mesure. Cette fois, l’impôt serait fait pour niveler les revenus ? Comme si les revenus étaient tous d’origine malhonnête et qu’ainsi « justice sociale » devrait être faite. Cette thèse oublie que dans le cas des fonctionnaires par exemple, c’est en effet ce qu’il se passe : 100% du traitement d’un fonctionnaire vient de l’impôt, donc d’un vol et donc cette forme de revenu est bien intégralement d’origine malhonnête. Par contre, le « riche » entrepreneur n’a en général volé personne, car en matière de commerce, il n’y a que des gagnants – sauf paradoxalement (?) quand l’état s’en mêle. L’argument de la soi-disant « justice sociale » se retourne donc très vite vers ceux qui en abusent et oublient la vraie justice.

Le prochain tour de critiques vient demander comment vivrait l’état s’il n’y a plus d’impôts. C’est un peu mettre la charrue avant les bœufs, car l’état en tant que monopole du régalien n’a en réalité rien d’indispensable. L’état n’a aucune justification morale, pas plus que scientifique. Historiquement, il est le produit de conquêtes de territoires par violence physique, de meurtres, de sang versé pour le pouvoir. L’action libre et volontaire des êtres humains peut s’affranchir de ce système illusoire et monopoleur qui fait obstacle à une organisation libre et spontanée des fonctions régaliennes.

Enfin, beaucoup sont convaincus qu’il faut lutter contre la fraude fiscale. Mais comment le refus d’une contribution supposée être librement consentie peut-il s’analyser comme une fraude ? S’il existe une volonté de se soustraire aux impôts et taxes, cela ne peut être que parce qu’il y a défaut de consentement envers les décisions et actions des gouvernements. Le meilleur moyen de lutter contre la « fraude fiscale » supposée consiste tout simplement à appliquer strictement les exigences de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en demandant son accord avant tout impôt.

Citations
« L’impôt est une agression et une pénalité contre la propriété acquise et produite, qui conduit nécessairement à une réduction de la création de richesse incorporée dans cette propriété, et à un abaissement du niveau général de vie. L’impôt est un transfert forcé, non consenti, d’actifs patrimoniaux. » -- Jean-Baptiste Say
« Prélevé en fonction d’une norme décidée par les détenteurs du pouvoir étatique, sans respect de la personnalité de chacun, l’impôt pénalise la prise de risque et est foncièrement esclavagiste, allant à l’encontre de son but recherché, bafouant les droits fondamentaux de l’être humain et la propriété de l’individu » -- Pascal Salin

Friday, July 14, 2017

On ne choisit pas l’économie, elle s’impose à nous.

Lors d’un de ces tristes débats avec un mélenchoniste, où je tentais de lui faire comprendre l’intérêt de l’échange libre, celui-ci me rétorque soudain, avec ce tutoiement peu respectueux et spontané qui les caractérise : « En même temps, tu choisis l’économie monétaire plutôt qu’humaine… » Voilà donc qu’il y aurait deux types au moins d’économies et qu’on pourrait choisir librement entre elles lors de ces discussions qui animent la toile. Relativisme ambiant typique, où seul le « cœur » dicterait tout.

Pour être correct, je dois dire que je présume qu’il avait en tête le choix de 2 théories économiques différentes. Parler de l’économie humaine – le troc sans doute ? – n’irait pas loin dans un tel débat. Bref, c’est moi qui choisis mon sujet : Avons-nous vraiment le choix de la théorie économique dans un débat, et que pourrait être une théorie économique « humaine » mais pas « monétaire » ?
Tout d’abord, le choix d’une théorie. Sur ce point, il n’y a pas que les mélenchonistes qui montrent des difficultés, car ce sujet ressort tout aussi régulièrement lors de discussions avec des « libéraux », voire avec des « libertariens de gauche ». Pour expliquer l’idée de base, je passerai par la physique.

En physique, lorsqu’un phénomène est décrit et finit en une formule, par exemple le fameux e=mc2, il n’y a pas de choix de théorie. La formule est un aboutissement dans le travail de recherche, ici par Einstein, et la seule chose qui compte c’est que tout le monde reconnaisse que cette formule décrit bien ce qui se passe, ici que les relations entre masse et énergie sont celle d’une même identité. Il ne viendrait à l’idée de personne de parler de choix de théorie, car tout le monde a bien en tête que l’objet de la théorie est de décrire la réalité, et rien d’autre. Un jour peut-être on trouvera une formule encore plus générale qui décrit mieux la réalité, mais pour le moment, aucun doute permis.

Pourquoi alors faudrait-il qu’en matière d’économie l’objet de la théorie soit différent, qui ferait qu’une théorie pourrait être choisie en fonction notamment de la vision politique qu’on a de la chose sociale ? C’est bien évidemment une absurdité. La théorie économie, si elle existe, ne peut être que la description objective de la réalité sociale, ou sinon ne pas mériter d’être qualifiée de « théorie ». S’il y a théorique économique, celle-ci ne peut que s’imposer par sa fidèle expression de la réalité.

Pour la même raison, une théorie économique réaliste ne peut être qu’humaniste, puisque reposant sur la réalité du comportement humain dans ses rapports socio-économiques. La question du choix politique d’une théorie économique est donc une idée vouée à l’échec, conduisant à dire des bêtises. Elle repose bien sûr, depuis Marx au moins, sur cette conviction qui voudrait que les économistes et les gens en général ne pourraient lire et interpréter la réalité qu’à travers un biais, un prisme en lien direct avec leur situation sociale. Il n’y aurait donc pas de réalité, ou plutôt, elle serait inconnaissable.

Reste à trouver une théorie économique qui serait donc scientifique selon ces critères et de ce fait qui ne ferait pas question. Cela tombe bien, c’est le cas de la théorie dite autrichienne. Chance. Mais je sens déjà la question : mais qu’est-ce qui vous permet de l’affirmer ? Il faudrait bien plus que ce court billet pour répondre à ce qui a donné lieu à certains des ouvrages les plus complets de la science économique. J’espère juste aiguiser assez de curiosité du lecteur pour qu’il vérifie lui-même.

Disons simplement que la théorie autrichienne repose sur des concepts qui sont tellement simples, élémentaires même – le fait que chacun de nous prenne des décisions à chaque instant de sa vie – et sur une logique à la fois tellement rigoureuse et accessible qu’il est ainsi facile de se l’approprier et facile de constater la totale absence d’opinion politisée ou d’influence politique dans ses résultats.

Alors notre mélenchoniste et nos pseudo-libéraux ? Disons qu’ils sont le produit et le reflet d’un système d’enseignement pour le coup hautement politisé et qui veille bien à ne pas instruire ses ouailles afin que l’immense majorité reste ignorante de la chose économique et sociale et ainsi demeure loin de toute idée de remise en cause de la puissance publique et de son illusion.

Il nous faut positiver le mélenchoniste, finalement. C’est lui qui motive notre action d’information, ce devoir qui est le nôtre d’expliquer, expliquer encore en quoi et pourquoi l’état n’est pas notre avenir.

Saturday, May 20, 2017

Je ne suis pas libertarien, en fait

En cette période électoralement chargée, on entend tout le monde se dire de droite, de gauche, républicain, socialiste, en marche, insoumis, lassallant, cheminant ou asselinant. Et j’en oublie.

Chez les libéraux, nous sommes selon les cas nombreux à débattre âprement entre « libéraux », « classiques », minarchistes ou libertariens – et il en est même qui arrivent à se dire libéraux ou libertariens de gauche. La liberté semble se décliner sous de nombreuses bannières.

Pour ma part libertarien, ou plus techniquement « anarcho-capitaliste », je voudrais mettre ce soir tout le monde d’accord, enfin : en fait, je ne suis rien de tout ça. Mais comment ça ? Deux secondes.

Il est en fait impropre de se dire libéral ou libertarien. L’expression en général veut dire que notre réflexion politique nous a finalement conduits, souvent après de longues lectures et de nombreux débats et échanges, à adopter la théorie politique – sociale et économique – favorable à la liberté.

Mais cela ne change pas pour autant ce que nous sommes, ou que je suis. On devrait dire « je suis convaincu par la liberté », ou « par le libéralisme ». Mais me direz-vous, à quoi bon un article pour une telle subtilité et nuance dans la langue ? Après tout, « je suis libéral » n’est qu’un raccourci.

Et bien ce n’est pas si sûr, justement. Pour mieux comprendre, prenons l’exemple inverse du socialiste qui dit « je suis socialiste ». Ce personnage nous parle en effet bien de lui. Il nous dit non seulement qu’il croit aux balivernes pseudo théoriques promues par les leaders socialistes, mais aussi que lui-même assume ces idées qui en essence reposent sur le vol par redistribution d’autrui. Notre socialiste nous dit, en somme : « je crois à la vertu du vol, je vole moi-même, ou du moins je recèle le vol mené par l’état en ma faveur ; j’assume pleinement cela et même j’exige de pouvoir vous voler. »

Je pense que déjà vous entre-apercevez la différence avec le libéral véritable. Car notre ami, pour sa part, nous dit : « j’ai compris que la théorie libérale donne une description juste et correcte de la réalité, qu’elle établit que la liberté est le meilleur régime social possible ». Mais par contre, il serait un peu curieux d’entendre : « et de plus j’assume de ne pas demander à profiter du vol par l’état ».

Et réalité, dire « je suis libéral », c’est afficher qu’on n’exige rien et qu’on reconnaît à l’autre le droit d’opter pour les idées et le système qui lui convient, tant qu’il ne vient pas fouler nos plate-bandes. On peut ainsi être « libéral » et pro-vegan, ou libéral et pro-OGM ou encore libéral et ermite.

Je ne suis donc pas libéral, je suis juste quelqu’un de normal qui fiche la paix aux autres. Mais par contre, je suis un fan de Hitchcock et du lien entre technologie et organisation sociale. Et vous ?

Il y a je crois un modèle de société qui conviendra bien à cette vision du respect de chacun. Il consiste à défaire, à démanteler le pays jacobin et tyrannique en petits territoires peuplés de gens libres et respectueux, partageant des goûts et des affinités proches et une même idée de leur liberté. Nous sommes quelques-uns à l’appeler : « la décentralisation ».

Friday, April 21, 2017

Article « À la rencontre des libertariens français »

Le journaliste Jean-Baptiste Bonaventure vient de publier un bel article avec ce titre, accessible ici.

Dans sa démarche, il a interrogé un certain nombre de libertariens relativement connus et de profils différents, ce qui donne à son texte un réalisme et une honnêteté qu’il convient de saluer.

Lors de ses échanges avec moi, il m’a à la fois interviewé puis ensuite demandé de répondre à quelques questions par écrit, sachant pour autant qu’il n’a retenu in fine qu’une partie infime de mes réponses et probablement de même s’agissant de Marc ou de Nathalie MP.

Ainsi, j’ai choisi de publier l’intégralité de ses questions et de mes réponses, ci-dessous, afin de donner à ceux que ça intéresse un regard complémentaire au sien, plus approfondi je crois, sur ce sujet et sur notre mouvement.

1°) Pouvez-vous vous présenter brièvement (Nom, âge, occupation, etc.) ?
Stéphane Geyres, 55 ans, Consultant en risque des systèmes d’information, Français, marié, 2 filles adultes, formation d’ingénieur, ayant vécu dans 5 pays.

Autodidacte de la liberté, tendance « anarchiste de droite » depuis toujours, libertarien depuis 10 ans une fois que j’ai eu découvert les grands auteurs à l’origine de cette ligne de pensée : Bastiat, Molinari, Rothbard et beaucoup d’autres depuis. Ancien président fondateur du Mouvement des Libertariens et co-éditeur des ouvrages « Libres ! » et « Libres !! ».

Abstentionniste par conviction et par respect pour les autres.

2°) Comment définiriez-vous votre pensée ? Plus largement la pensée libertarienne ?
Votre question a deux facettes et je vais en profiter pour éclairer la pensée libérale.

Tout d’abord, la pensée libertarienne, ce n’est rien d’autre que la pensée libérale poussée au bout de sa logique.

Ainsi, si la liberté est la première des valeurs républicaines, alors chacun doit (pouvoir) être libre en toutes choses et de la même manière (égalité) que tout le monde, et c’est cela et cela seul qui fonde notre fraternité.

Plus simplement : chacun doit être respecté pour son libre choix en toutes choses, tant que chacun respecte de même ce droit pour autrui.

Cela, c’est l’idée générale. Cela veut dire que le libertarien respecte les beurs, les gays, les noirs, les bobos, les bourgeois et tout le monde, pourvu que tout le monde le respecte en retour. Le libertarien se doit de n’agresser personne, par contre, s’il vient à agresser, il doit s’attendre à être sévèrement jugé.

Il y a des limites qui précisent ce qu’agression veut dire, j’y viens plus bas.

Mais l’idée générale ne veut pas dire que moi, individu, je me dois d’aimer tout le monde. J’ai le droit de ne pas aimer les jaunes (pure hypothèse), de refuser de leur parler ou de faire des affaires avec eux, pourvu que je les respecte et ne les agresse pas.  C’est le respect et le libre choix qui comptent.

3°) Les libéraux / libertariens de France constitue-t-ils un bloc monolithique ? Sont-ils tous d’accord ?
Clairement, la réponse est non. Beaucoup y voient une faiblesse, et politiquement cela est vrai.

Pour ma part, mon expérience montre que c’est bien plus le résultat de l’instruction que nous recevons à l’école qui fait que 99% des Français sortent de l’enseignement avec une opinion négative du libéralisme, dont pourtant on ne leur a rien appris.

De ce fait, on rencontre, schématiquement, trois familles de libéraux.

Le plus grand nombre se rencontre chez les partis de droite ou leurs électeurs. Ils ont un instinct de la liberté, mais rarement la culture économique et philosophique qui leur permet de voir que le « mal » se trouve dans le pouvoir politique. Quand ils évoluent et se cultivent, souvent ils deviennent libéraux affirmés, voire « minarchistes ». Les minarchistes souhaitent un état minimaliste, centré sur les fonctions dites régaliennes. Et quand on bouscule ces minarchistes, enfin ils finissent par devenir pleinement libertariens. Mais pour vous répondre, tout ce processus conduit à de nombreux courants, qui sont tous le reflet des nombreux chemins que prend la pensée des individus vers leur liberté.

Mais il y a aussi, à mon avis un autre, immense, réservoir de libertariens : les abstentionnistes, parce qu’ils ont souvent déjà refusé le pouvoir politique.

Pour autant, peu importe l’unité de la pensée, pourvu qu’il y ait unité pour avancer vers la liberté.

4°) Ce courant de pensée est loin d’être majoritaire en France et ailleurs. Comment y êtes-vous arrivé ?
J’ai longtemps été instinctivement libéral, puis un jour mon environnement professionnel m’a poussé à m’intéresser à l’économie, qu’on ne nous enseigne pas, à tort, pendant nos études. Après pas mal de recherche sur Internet, je suis tombé sur l’école autrichienne, la seule qui ne repose pas sur une approche mathématisée et de ce fait la seule qui m’ait « parlé » et qui soit compatible avec la réalité de notre liberté individuelle.

A partir de là, j’ai peu à peu creusé le sujet et les sujets périphériques, puis j’ai fini par rencontrer d’autres personnes sur les réseaux sociaux qui partageaient ma démarche ou mon analyse.  Les réseaux sociaux font beaucoup pour le développement de la liberté de par le monde.

N’en déplaise à beaucoup, le fait que nous soyons « minoritaires » n’enlève rien à la valeur de nos idées. Et à l’inverse, ce n’est pas parce que les gauchistes et étatistes sont largement majoritaires en France que cela donne à leur semblant de pensée une quelconque valeur ou pertinence.

5°) Quelles sont vos limites personnelles à cette “liberté absolue” (libre conso. des drogues, armes, etc.) ?
Je ne comprends pas bien votre terme de « limites personnelles », mais je vais tenter de répondre.

De manière générale, la liberté n’a comme limite que celle de notre prochain, c’est bien connu, mais cela reste fondamental. Donc ma liberté ne dépend pas d’un sujet ou d’un autre, mais uniquement de la nuisance (on parle « d’agression ») que je pourrais avoir envers autrui. La fin importe, pas le moyen.

Ce n’est pas pour autant un appel au chaos ni à la fumeuse loi de la jungle supposée, car on voit bien que dès qu’on franchit la limite, autrui a aussitôt le droit de se défendre. L’ordre est donc inhérent à la liberté, et de plus c’est le seul ordre vraiment juste et qui rende chacun responsable comme individu dans la société, puis qu’il n’y a personne d’autre que soi pour agir et répondre de ses actes, contrairement à la France actuelle et sa bureaucratie.

Pour revenir à vos exemples, je ne vois pas bien quel est le problème de la libre consommation ou des drogues. Attention, je ne me drogue pas, ne mélangeons pas svp. Il me semble d’ailleurs que sur de tels sujets, celui ou celle qui y trouve à redire, ce qui est son droit, porte non seulement un jugement sur les autres comme censeur, mais lorsque cela finit dans des textes de loi ou autres réglementations, va jusqu’à obliger autrui et à le contraindre.

Et je ne vois pas bien de quel droit quiconque pourrait m’imposer quoi que ce soit contre ma volonté, juste parce que ce je fais pourrait déplaire. Pas même un député, un président ou un juge que je ne connais pas. Un ami se drogue ? Vous trouvez que c’est mal pour lui ? Fort bien. Tentez de le convaincre, de le ramener à la raison, aidez-le, etc. Mais ne passez pas par la loi pour l’obliger, voire pour le conduire en prison.

Le cas des armes est un peu différent. Le problème vient de deux confusions. La première est dans le concept d’arme, qui est impossible à définir. Si on est contre le port d’arme, doit-on aller jusqu’à exiger de couper les mains, si on se rappelle que nos poings sont nos premières armes ? En réalité, n’importe quoi peut être une arme, c’est l’usage qui en décide.

La seconde confusion, plus grave, consiste à supposer que la possession d’une arme ferait aussitôt de son possesseur quelqu’un de dangereux. Or on peut posséder une arme juste par goût pour la collection. Une arme ne fait pas l’agression et surtout, elle peut permettre à une faible femme de mieux se défendre. Dans un monde où les armes sont partout, il devient plus difficile d’oser agresser le moindre passant.

6°) Que pensez-vous brièvement de ces différents sujets : 

  • 35 heures

La réponse courte est : une stupidité économique, car ce n’est pas le temps de travail qui compte, mais ce qu’il en résulte. Le travail n’est pas un gâteau à se partager, et personne ne travaille pour travailler. De plus, chacun devrait pouvoir choisir son travail et son temps de travail, pourvu qu’il trouve un accord avec son employeur. Plus généralement, tout le code du travail est une des causes profondes de notre faillite économique et sociale, basé qu’il est sur le marxisme. Il faut le supprimer, sans autre forme de procès - comme tous les autres codes, d’ailleurs.

  • Sécurité sociale

Elle est source de tout sauf de sécurité et de social. Elle coûte une fortune à tous, ne tient aucun engagement, crée des dettes, contraint tout le monde à commencer par les professionnels, elle est un état dans l’état, bref un monstre et une aberration. Elle est de plus hors-la-loi puisque son monopole n’est plus reconnu par l’Europe depuis quelques 25 ans. Là encore, la réponse devrait être : chacun devrait pouvoir choisir sa propre couverture sociale, librement.

  • CDI

Il y aurait beaucoup à dire, car le CDI exprime à lui seul tout le piège de la vision rigidifiée de la relation employeur-employé que porte le code du travail. Alors que le monde accélère et appelle à la souplesse, rigidifier ne protège pas l’employé, car cela le rend esclave de son employeur. Et l’on voit les burn-out, les suicides et tant d’autres déviances du monde du travail, tout cela parce que l’employé a peur du chômage et croit avoir perdu le pouvoir de dire « au revoir ». Cela n’est pas la faute aux patrons, mais la faute du code du travail et de ses inspecteurs.

  • Retraites par répartition

Une autre aberration, et du vol à grande échelle, comme tout mécanisme de répartition. Nous cotisons en ce moment pour la retraite dont profitent nos parents qui n’ont jamais pu cotiser assez pour leur propre retraite, vu qu’on n’imaginait pas à l’époque un tel allongement de la durée de vie. Et par contre, quand viendra notre tour, retardé toujours plus loin, les caisses seront vides. D’ailleurs, pourquoi serais-je obligé de partir à la retraite ? Quel esprit abject a pu seulement un jour oser penser qu’un tel mécanisme pouvait avoir une quelconque valeur morale, sociale et économique ?

7°) On évoque à tour de bras “l’ubérisation de la société”, souvent comme un mal. Que cela vous évoque-t-il ?
L’uberisation est venue par les taxis et cela reste un excellent exemple non pas du problème des Uber et autres, mais des problèmes de la France.

On parle d’Uber, mais on oublie d’abord de parler des taxis, dont il faut m’expliquer pourquoi la profession est soumise à licence (onéreuse) au lieu d’être libre. Car tout le problème vient de là : si les taxis étaient une profession « libérale », ils seraient je pense heureux de vendre leur service à Uber ou à ses concurrents. Ou même de faire concurrence à Uber en montant une association, par exemple. En tout cas, la question ne devrait pas être politique.

En France, on n’aime pas la concurrence, paraît-il. C’est oublier que c’est la concurrence qui enrichit le consommateur, c’est-à-dire tout le monde, alors que tout ce qui vient de la bureaucratie non seulement n’enrichit personne, mais nous appauvrit tous. Il faut donc faire sauter tous les monopoles, plutôt que de jeter la pierre à Uber qui tente juste de nous rendre service. Au point d’en faire une question politique, alors que la politique ne peut rien faire de positif en matière économique. Après tout, si vous n’aimez pas Uber, ne l’utilisez pas, tout simplement. Mais laissez tranquilles ceux qui y trouvent un intérêt.

8°) Enfin, comment décririez-vous les milieux libéraux/libertariens si vous deviez en faire un portrait-robot (Moyenne d’âge, sexe, niveau d’éducation, niveau de revenu, etc.)
Voilà bien une colle. A titre d’illustration de la diversité du milieu, je vous encourage à consulter la liste des professions des auteurs des ouvrages « Libres ! » et « Libres !! ». Il y a de tout, des étudiants au professeur d’université, des salariés dans des domaines très variés, des médecins comme un batelier ou un moto-taxi, des entrepreneurs comme des agriculteurs ou photographes.

En général, ce sont des gens curieux, autodidactes, entreprenants, au bon sens affûté et qui ne se laissent pas imposer facilement le politiquement correct. Le libertarien est un contestataire respectueux et responsable, qui aime les hommes comme il s’aime lui-même et qui œuvre pour que tout le monde puisse bénéficier de la liberté qu’il réclame pour lui-même. Un humaniste, donc.

Sunday, April 2, 2017

Besoin d’un projet libéral – L’exemple des Libres !

Les libéraux de France vivent des temps particuliers. D’un côté, depuis le Brexit, une vague de retour des idées remettant en cause la bien-pensance social-démocrate se développe, au point qu’on a cru voir son arrivée chez nous lors des primaires de la droite. De l’autre, le Penelopegate, la disparition du PLD, et plus généralement l’embourbement des libéraux dans la campagne et dans les questions touchant à l’immigration, le terrorisme et la sortie de l’Europe, viennent contrarier toute euphorie.

Il n’y a plus que de très rares, trop rares projets qui dynamisent et fédèrent les quelques libéraux encore assez mobilisés pour porter les idées libérales authentiques et les assumer. Beaucoup ont cru aux chimères électorales, ou venaient chercher parmi les libéraux quelque opportunité électoraliste.

En 2012 et en 2014, Libres ! et Libres !! ont modestement contribué à apporter le type de dynamique qui je crois fait défaut en ce moment. Chacun impliquant pas moins de 100 libéraux de tous profils, académiques, retraités, salariés, indépendants, entrepreneurs, libertariens ou libéraux plus classiques, ces deux projets ont fait bouger les lignes et le microcosme. Il en reste deux volumes concrets, qui probablement n’ont pas réussi à se diffuser comme on pouvait l’espérer, mais qui existent néanmoins et peuvent encore servir à notre communication quotidienne sur le front.

Ils traitent de presque tous les sujets qui ressortent aujourd’hui lors de la campagne, mais il semble que même ses auteurs l’ont oublié, tant la dynamique a depuis été perdue. Immigration, monnaie, chômage, SMIC, impôts, éthique, rôle des élus, écologie, rôle de l’Europe, démocratie, bureaucratie, autant de sujets qui ont été abordés et dont la réunion dans le même ouvrage et surtout la même « équipe » pourraient faire une force et une fierté qui me semble manquer en ce moment.

On pourrait imaginer un nouveau Libres !, et en effet, j’ai cru en un Libres 2017 en début d’année. Mais pourquoi refaire un ouvrage quand on n’exploite pas assez ceux qui existent ? Il nous faut un projet, un projet fédérateur, mais probablement sur une autre base. On a la matière, on a tout ce qu’il faut pour expliquer, expliquer encore, mais il manque la dynamique commune. Ce type de dynamique qui fait la force des moutons de gauche et leur efficacité, il faut bien le reconnaître.

Et pourquoi ne pas se servir des Libres ! pour monter une présence médiatique ? Après tout, chaque politicien y va de son livre plus ou moins creux pour tenter de légitimer son propos, son originalité, son positionnement. Nous, nous avons la chance d’avoir déjà le livre, qui est de plus déjà structuré comme un programme aux 200 thèmes de réforme sociale. Pourquoi ne pas monter un projet où ce n’est pas un politicien unique qui vient faire campagne, mais 200 Libres ou plus qui chacun portent le même message devant les journaux, les voisins, les entreprises, les maires et les clubs de quartiers ?

Tuesday, March 28, 2017

Le mythe du besoin d’une transition

Nous sommes encore pour quelques semaines en pleine campagne électorale, et les discussions entre « libéraux » pour savoir qui soutenir les occupent au point d’oublier un des sujets les plus structurants de pratiquement tous les débats et tous les programmes électoraux « libéraux » : la transition vers la liberté, et les principes qui la guident. Voyons plus précisément ce que cela signifie.

Lorsque dans un programme on propose des mesures libérales, par exemple la suppression pure et simple et systématique du statut de fonctionnaire, beaucoup les critiquent pour être trop rudes, ou illusoires, et proposent plutôt une approche plus progressive : une transition par étape vers la cible. Ainsi sur l’exemple, on pourrait imaginer de proposer de commencer par ne réviser le statut que des seuls postiers, puis plus tard celui des cheminots, et plus tard encore celui des personnels soignants.

L’argument suprême en faveur de ce type de « transition » vue comme nécessaire serait que si l’on appliquait nos mesures sans progressivité, nous aurions tôt fait de mettre la France dans la rue et de provoquer un soulèvement social qui ne pourrait que nous nuire et nuire à l’ensemble du pays. Ce qui montre au passage combien les « libéraux » craignent la rue tant ils sont sûrs de leur message.

Il me semble pourtant que c’est là commettre une erreur profonde et que de ce fait, nous devrions oser plus souvent et plus nettement proposer des mesures à la fois radicales et sans « transition ». Certes, il y a un peu de provocation dans mon propos, mais je vous invite néanmoins à considérer les arguments suivants, qui ne vont guère dans le sens du manque de courage des « transiteurs ».

Le premier argument contre toute forme de transition tient à l’inconstance politique. Si un jour un gouvernement libéral arrive au pouvoir, il n’est pas assuré d’y rester éternellement, même si on peut espérer une meilleure satisfaction des électeurs. Ainsi, sur l’exemple précédent du statut, il est tout ce qu’il y a de possible qu’un pouvoir moins radical reprenne la main alors que le statut n’est pas encore pleinement réformé, et décide de faire marche arrière. On ne verrait jamais la cible atteinte.

Il y a d’autres arguments contre toute transition, certains plus osés et pourtant légitimes. Le second consiste à remarquer que les politiciens passés ne se préoccupent jamais de transition dans la mise en œuvre de leurs mesures coercitives. Ainsi, quand une hausse de TVA est décidée, qui nous vole un peu plus dès sa mise en application, on ne nous propose jamais – ou si rarement – de ne l’exiger dans un premier temps que des fonctionnaires, ou que des agriculteurs – peu importe les catégories.

Alors pourquoi faudrait-il soudain être gentil quand on supprime des privilèges alors que personne n’est gentil quand il s’agit d’accroître la part des fruits légitimes de notre travail qui nous est volée ?

Un peu dans la même veine, vient ensuite l’argument du juste retour des choses pour les profiteurs. Toujours sur l’exemple des fonctionnaires, mais il peut être généralisé à toutes les catégories qui profitent de la manne sociale, il convient de rappeler que pendant toute cette longue période où le statut étaient en vigueur, leur garantissant salaire, emploi, protection et retraite, ils ont pu profiter de leur statut qui constituait ce qu’il faut bien appeler un privilège. Tant mieux pour eux, mais cela a ainsi largement payé en avance les difficultés qu’ils devront affronter une fois leur statut revenu à la normale. Autrement dit, pourquoi une transition quand on a profité pendant des années et que la réforme ne propose rien d’autre que vous mettre dans la même situation que tout le monde ?

Vient enfin un argument d’ordre plus économique. Plus une mesure libérale est rapidement et largement appliquée, plus vite ses effets sont visibles et donc plus vite les sommes préalablement gaspillées reviennent sur le marché pour créer de nouvelles richesses. De ce fait, toute transition ne fait que retarder et réduire ce phénomène, et rendre plus difficiles les choix de reconversions.

Ainsi donc, les programmes libéraux les plus humains et humanistes ne sont pas ceux de ses mollassons qui imaginent des Liber ou des revenus universels, mais ceux de brutes radicales qui font exprès de ne pas prévoir de périodes de transition. Vous n’y croyez pas ? Vous pensez qu’il faudrait expérimenter pour être sûr de la chose ? Très bien. Et si on décentralisait la France pour rendre son autonomie à chaque département, ou ville, sans transition, pour voir ceux s’en sortiraient, ou pas ?

Sunday, March 26, 2017

Génération Libre et son programme : Pas si libre que ça

Génération Libre a publié à l’adresse http://www.generationlibre-primaires.fr/ un « truc » qui prétend mesurer et comparer le caractère libéral des programmes des candidats, face aux propositions de GL, bien sûr, dont c’est un moyen de mettre en avant un 100% supposé de libéralité.

Mais n’entrons pas dans leur jeu et regardons plutôt ce que GL propose vraiment – car on sait très bien qu’aucun des candidats n’est libéral, donc pas la peine d’entrer dans des polémiques inutiles. Oui je sais, on me dira que les polémiques entre « libéraux » sont totalement inutiles, et je répondrai que si GL fait bien des propositions libérales, pourquoi craindre la dissection de son programme ?

Voici ci-dessous l’intégralité des mesures de GL telles qu’elles sont programmées sur ce site de comparaison, présentées in extenso et en italiques. A chaque mesure, pour rentrer dans le jeu de la note sur 100, je donne 100% si la mesure est pleinement libérale, 50% si elle va dans le bon sens, mais en restant en chemin, en limitant son champ d’application, ou 25% si les bons principes sont mis en avant, mais que rien de concret n’est réellement proposé. Un 0% sanctionne tout baratin, avec les explications justifiant pourquoi il n’y a rien de libéral à ce qui est proposé. On a pas mal de surprises.

En faisant la moyenne des notes de chaque rubrique, cela donne une note par rubrique. La moyenne des mesures donne la note finale. Il n’y a pas moins de 10 rubriques sur 26 qui sont à 0%, une seule est à 100%, et au global, on est à 20%. Pas de quoi pavoiser.

Tu parles d’un machin libéral ! Cela va en faire râler plus d’un sans doute. On en parle ?

Ce serait bien, car sur de nombreux sujets, il y a manifestement des hypothèses ou une vision du monde qui devraient être le centre du débat, et expliquer pourquoi on croit que c’est libéral. Ou pas.

Agriculture : 75%
« - Réformer la PAC. Mettre fin à la politique de subvention de la production qui est inefficace (l'agriculture française perd des parts de marché dans le monde), inéquitable (favorise les gros producteurs) et qui fait peser le coût de la subvention sur le consommateur. » : 50% libéral : il ne suffit pas de réformer la PAC, il faut l’abandonner et revenir totalement au libre marché, sans transition - le marché s’occupera de gérer la transition.
« - Mettre fin aux quotas et laisser le marché définir les prix. » : 100% libéral.

Chômage/Formation : 0%
« - Sortir du triptyque « formation /emploi /retraite » qui ne correspond plus aux trajectoires individuelles actuelles. » : Ne veut rien dire de concret, 0% libéral.
« - Penser le chômage et la formation en-dehors du cadre de l’emploi salarié. » : Ne veut rien dire de concret, 0% libéral.
« - Faire des droits sociaux des droits portables, dont on peut bénéficier tout au long de la vie en tant qu’« actif », salarié ou indépendant. » : 0% libéral : rester dans le domaine des « droits à » ou des « droits sociaux » n’est qu’une autre forme de socialisme, même si elle peut sembler plus douce.
« - Mettre en place un « compte social unique » à points convertibles en unités de temps (de formation, de chômage, de retraite, etc). » : 0% libéral : Même raison : il faudra toute une bureaucratie pour gérer ce « compte social unique », donc pas libéral.

Culture/Patrimoine : 58%
« - Supprimer le Ministère de la Culture et mettre fin à l' « exception culturelle » et au protectionnisme culturel (supprimer le prix unique du livre et les subventions au cinéma). » : 100% libéral.
« - Refonder les sources de financement de la culture : laisser sa place au marché et créer un « chèque culture ». » : 25% libéral : On dit laisser la place au marché, mais on crée un « machin » bureaucratique de plus ?
« - Recentrer le service public de l'audiovisuel sur deux chaînes. » : 50% libéral : C’est bien de réduire le service public, mais pourquoi ne pas tout sortir du giron de l’état ?

Dialogue social : 8%
« - Réformer le financement des syndicats pour améliorer la transparence et la représentativité. » : 0% libéral : Aucune réforme : le financement est purement et simplement à privatiser intégralement.
« - Redynamiser les règles de la négociation collective pour opérer un renversement de la hiérarchie des normes efficace (favoriser les accords majoritaires, réduire la judiciarisation des relations sociales, instaurer une durée de vie limitée aux conventions collectives). » : 0% libéral : Rien à « redynamiser », la négociation collective n’est pas un concept libéral, sa pratique doit donc être abandonnée.
« - Evoluer vers un syndicalisme de services adapté aux travailleurs indépendants. » : Ne veut rien dire de concret, mais on mettra un 25% libéral pour l’idée d’aller vers des services.

Droit du travail : 0%
« - Mettre fin à la dichotomie entre travail salarié et travail indépendant en substituant au Droit du travail, un Droit de l'Actif. » : 0% libéral, encore une fois, on ne remplace pas un machin par un autre.
« - Remplacer le Code du travail par un Statut de l'Actif définissant un cadre général pour les conditions d'emploi et de travail de la personne, qu'elle soit salariée ou indépendante. » : 0% libéral, pour les mêmes raisons.

Ecologie : 19%
« - Généraliser le principe du « pollueur-payeur ». » : Ne veut rien dire de concret, mais on mettra un 25% libéral pour l’idée d’aller vers plus de responsabilisation.
« - Réduire les subventions publiques aux énergies fossiles. » : 50% libéral : Réduire ? Non, c’est toutes les supprimer qu’il faut oser proposer.
« - Revoir la loi de transition énergétique qui risque, en fixant des objectifs d'abandon du nucléaire trop ambitieux, de provoquer un retour des énergies fossiles, nettement plus carbonées. » : 0% libéral : l’énergie doit être intégralement privatisée et libéralisée.
« - Renforcer la recherche liée au stockage des énergies renouvelables. » : 0% libéral, car cela laisse entrevoir un financement étatique, et aussi parce qu’il y a d’autres priorités pour la recherche.

Education : 12%
« - Mettre en place des « écoles autonomes ». » : 25% libéral : les écoles autonomes sont une bonne idée, mais pourquoi ne pas laisser le marché les mettre librement en place par lui-même ?
« - Faire financer les établissements scolaires par l'Etat mais leur garantir une autonomie totale dans la gestion de leur budget, de leurs enseignants, de leurs méthodes d'apprentissage. » : 0% libéral : on ne finance jamais rien par l’état quand on est libéral.

Enseignement/Recherche : 100%
« - Instaurer la possibilité pour les universités de sélectionner dès l'entrée en première année. » : 100% libéral, pour une fois.

Finances publiques : 0%
« - Mettre en place une restructuration préventive et ordonnée de la dette française. » : 0% libéral : Il y a deux positions possibles en matière de dette : soit la répudier en considérant qu’elle est due par les élus qui l’ont contractée et non par les citoyens, soit la payer mais surtout veiller à la réduire. Pourquoi aucun de ces points n’est-il proposé ici, où au contraire on l’entérine mais en pénalisant les créanciers ?

Fiscalité Travail/Capital : 19%
« - Taxer l'ensemble des revenus au premier euro afin de financer un revenu universel. » : 0% libéral : dès qu’on envisage des taxes, on sort du domaine du libéral.
« - Inclure la fiscalité du capital dans la fiscalité des revenus. » : 0% libéral : Aucune réduction.
« - Ramener le taux d'imposition des sociétés dans la moyenne européenne en supprimant un certain nombre d'aides aux entreprises en retour. » : 50% libéral : C’est bien payé pour une mesure timorée.
« - Individualiser l'impôt sur le revenu : supprimer le quotient familial et le quotient conjugal. » : 25% libéral : ok, cela devient plus juste, mais plus juste dans la tyrannie et le vol.

Fonction publique : 67%
« - Supprimer le statut de la fonction publique et lui substituer un dispositif d'emploi contractuel calqué sur le secteur privé. » : 100% libéral, bravo.
« - Organiser un référendum sur un projet de loi portant l'abrogation du statut de la fonction publique et le transfert de l'ensemble des agents publics sous contrat. » : 25% libéral : Pourquoi faire ? Pour prendre le risque d’une marche arrière « démocratique » ?

Société : 33%
« - Redéfinir le principe de « dignité humaine » : introduire le droit à la libre disposition de soi dans la Constitution. » : 75% libéral, parce que la constitution, ce n’est pas nécessaire pour la liberté.
« - Ouvrir le débat sur la GPA pour aller vers une légalisation et une régulation efficace. » : 0% libéral : Régulation, plaît-il ?
« - Légaliser le cannabis (dans un cadre concurrentiel ou sous monopole public, à définir) et allouer davantage de moyens à la prévention. » : 25% libéral : Pourquoi un cadre ou monopole, et pourquoi des moyens à allouer s’il vous plaît ?

Immigration : 0%
« - Afin de supprimer l'immigration illégale et d'évincer les organisations criminelles, mettre en place un marché de l'immigration via la vente de visas. » : 0% libéral : l’immigration n’est pas un droit qu’on peut mettre aux enchères et au plus offrant – ce qui créerait une pègre – mais doit reposer sur la décision d’accueil ou pas au plus près des populations.
« - Des négociations avec les entreprises et les partenaires sociaux permettraient d'identifier les secteurs les plus demandeurs, tandis que des accords bilatéraux avec les pays d'origine faciliteraient les processus. » : 0% libéral : Ce n’est pas à l’état de se mêler d’immigration, ni de travail, d’ailleurs.

Institutions : 12%
« - Améliorer les mécanismes de participation citoyenne pour renforcer la démocratie : réformer le référendum d'initiative populaire et systématiser les consultations citoyennes. » : 25% libéral : L’enjeu n’est pas de renforcer la démocratie, mais de la rapprocher des gens, en décentralisant par exemple.
« - Tester la « démocratie liquide » au niveau local. » : Ne veut rien dire de concret, 0% libéral.

Justice : 0%
« - Répondre au problème de la surpopulation carcérale en recourant aux amendes systématiques et proportionnées. » : 0% libéral, pour 2 raisons : cela ne réduit pas la population, ça réduit les emprisonnements ; mais surtout, la justice libérale doit être une justice de réparation des victimes, pas uniquement de punition.

Politique familiale : 25%
« - Individualiser la politique familiale : supprimer les allocations familiales et mettre en place un « forfait par enfant ». » : 25% libéral : c’est bien d’individualiser, mais pourquoi encore un machin ?

Laïcité : 50%
« - Revenir aux principes loi 1905 en affirmant une laïcité qui n'implique pas la neutralité mais simplement la coexistence des religions. » : 50% libéral : Et pourquoi oublie-t-on de dire que l’état n’a jamais aucune raison de prendre en compte les religions ni de se mêler des affaires privées ?

Logement : 0%
« - Réhabiliter le parc existant pour rééquilibrer une production aujourd'hui trop orientée vers le neuf. » : 0% libéral : Il n’y a rien à réhabiliter, il faut sortir l’état du domaine du logement, vendre les logements des collectivités publiques et en refaire un libre marché intégral.
« - Rééquilibrer les rapports propriétaires/locataires. » : 0% libéral, voir ci-dessus.
« - Transférer la délivrance du permis de construire aux communautés d'agglomération ou à la préfecture. » : 0% libéral : Pourquoi un permis de construire, s’il vous plaît ?

Numérique/Innovation : 0%
« - Instaurer la patrimonialité des données : mettre en place un droit de propriété sur nos données personnelles. » : 0% libéral : mesure vide de sens, qui oublie l’intangibilité de la donnée.

Politique européenne : 0%
« - Bâtir le projet d' « une Europe minarchiste ». » : 0% libéral : Magnifique oxymore ? Ou ont-ils vraiment imaginé un projet comparable à celui de « Décentralisons » ? On peut en douter.
« - Conserver le rôle de l'UE dans la défense des libertés individuelles et la protection du marché et de la concurrence. » : 0% libéral : On a la réponse, c’est du constructivisme, pas de la décentralisation.
« - Bâtir une diplomatie et une armée européenne, ainsi qu'un Parlement plus représentatif, composé de partis trans-européens et doté de l'initiative des lois. » : 0% libéral : Non, la démocratie représentative et « l’Europe » ne sont pas des objectifs et des mécanismes libéraux.

Retraites : 8%
« - Fin de l'âge légal de départ à la retraite pour permettre la « retraite » tout au long de la vie. » : 0% libéral, car qui paye cette retraite assouplie ?
« - Mettre en place un « compte social unique » à points convertibles en unités de temps (de retraite mais aussi de formation, de chômage, etc). » : 0% libéral, encore un machin, au lieu de passer à la retraite par capitalisation.
« - La valeur du point pourrait être définie en fonction de la démographie. » : 0% libéral, idem.
« - Cela implique en amont de fusionner les régimes de base et complémentaires en un régime unique. » : 25% libéral, c’est bien, mais cela ne règle pas la question du financement.

Solidarité/Autonomie : 0%
« - Instaurer un revenu universel sous la forme de l'impôt négatif en substitution de l'ensemble des allocations sociales non contributives (RSA, PPE, allocations familiales, etc). » : 0% libéral : Non, le revenu universel n’est pas un machin libéral, même si on se cache derrière Milton Friedman.
« - Il ne supprime ni la retraite, ni le chômage, ni les allocations spécifiques (handicap, logement, etc). » : 0% libéral, idem.

Santé : 25%
« - Sortir du système corporatiste actuel pour bâtir un régime universel : fusionner les régimes spécifiques en un régime unique, géré par un gestionnaire unique. » : 25% libéral : Et pourquoi ne pas tout privatiser et libéraliser, s’il vous plaît ?
« - Mettre en place un système d'assurance santé à deux niveaux : une assurance de base universelle publique et des assurances supplémentaires privées. » : 25% libéral, bonne idée, mais laissez faire !

Sécurité/Défense : 12%
« - Améliorer les moyens des services de renseignement et les coopérations. » : 0% libéral : pour renseigner qui svp, l’état ?
« - Elargir le droit au port d'armes à des personnes qualifiées : police municipale, agents de protection rapprochée, et citoyens volontaires issus de la société civile formés composant une « réserve citoyenne ». » : 25% libéral : Et pourquoi ne pas ouvrir le port d’arme à tous les citoyens ?

Indépendants : 50%
« - Transformer le Code du travail en un Statut de l'Actif. » : 0% libéral, encore un machin.
« - Rendre aux indépendants la liberté de choisir leur assurance et de s'affilier au RSI ou non. » : 100% libéral, pour une fois.

Territoire : 0%
« - Réduire le nombre de communes en les fusionnant avec les intercommunalités. » : 0% libéral, c’est aux communes de décider, et leur nombre n’est pas un problème si elles redeviennent autonomes.

Wednesday, March 22, 2017

Du « négationnisme » contemporain

Le négationnisme fait partie de ces concepts du domaine de l’horreur, du tabou. Selon Larousse, le négationnisme est une « doctrine niant la réalité du génocide des Juifs par les nazis, notamment l’existence des chambres à gaz ». C’est clairement une saine attitude que de dénoncer de telles croyances, qui se rencontrent hélas encore trop souvent, l’actualité ne saurait me contredire.

Pourtant, il me semble que la portée de cette définition est en réalité bien trop étroite, tout comme celle du tabou, de la révulsion et de la honte qui vont de pair. En effet, si la Shoah fut un fait horrible véridique dont la contestation mérite d’être dénoncée, avec tout mon respect pour le peuple juif, je ne suis pas sûr que ce soit le pire ni surtout le seul de tous les faits indiscutables et aux immenses et graves conséquences dont nous devrions dénoncer la négation quotidienne. Des exemples ?

Pourquoi n’est-il pas par exemple « négationniste » d’oser se revendiquer du communisme tout en affirmant que les millions de morts dont les pays qui l’ont adopté sont responsables – on pense à l’URSS, à la Chine, au Cambodge, etc. – n’étaient pas en fait soumis à un communisme véritable ?

Pourquoi n’est-il pas « négationniste » de faire la promotion du protectionnisme national, alors qu’on sait sans l’ombre d’un doute et depuis quelques deux cents ans que cette politique conduit toujours à la misère et à l’appauvrissement inéluctable des populations auxquelles elle est imposée ?

Pourquoi n’est-il pas « négationniste » de continuer de promouvoir la démocratie représentative comme le seul système à même d’assurer notre liberté, alors que les centaines de millions de morts qui ont marqué le XXe siècle sont le résultat de guerres généralement menées par des démocraties ?

Il y aurait bien d’autres sujets, notamment en lien avec la théorie économique, qui pourraient venir prolonger cette première liste macabre, mais le but n’est pas ici de faire une liste exhaustive, plutôt juste de mettre le doigt sur cette forme d’incohérence : quid de ces sujets qui ne font « négation » ?

On peut cependant oser une hypothèse. Le « négationnisme » de la Shoah est disons plutôt très à droite – on se souvient du « détail de l’histoire » de Jean-Marie Le Pen qui lui avait valu d’être condamné malgré la « liberté d’expression ». Par contre, tous les autres sujets évoqués mettent en défaut des croyances ou des mensonges soit de gauche, soit plus généralement étatistes. Et nous vivons dans un pays à la fois franchement étatiste et maladivement attardé à gauche… Alors…

« Compliance » et exponentielle

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, le terme « compliance » est un anglicisme récent signifiant « conformité » qui se réfère aux nombreuses obligations s’imposant aux entreprises de respecter des textes, lois et normes en tous genres et de toutes origines. La « compliance » est devenue pour de nombreuses entreprises un sujet tout aussi important pour leur survie que le profit ou la marge.

L’explosion quasi-exponentielle depuis une vingtaine d’années du nombre de pages de textes et réglementations est une manifestation du poids croissant de l’étatisation de notre société occidentale. La complexification du monde, typiquement de par son informatisation et sa globalisation, combinée avec le besoin des législateurs démocratiques de justifier leur existence, poussent à une production réglementaire continue comme chasse aux risques de tous genres.

Les exemples ne manquent pas. Sans prétendre, loin de là, connaître tous les secteurs économiques, je peux néanmoins évoquer la célèbre « Sarbanes Oxley » et les « IFRS » (en version 15, pas moins) dans le domaine comptable et financier, la « GDPR » dans le domaine de la protection – supposée – des données personnelles, ou encore la série des « Solvency » dans le secteur des assurances.

Bien sûr, dans un monde informatisé, tout cela finit par être traduit en code plus ou moins maîtrisé, exploitant des technologies qui elles-mêmes ne sont pas dépourvues de « vulnérabilités ». Les entreprises sont donc conduites à accroitre le volume de textes par des « politiques » qu’elles établissent pour elles-mêmes, visant à assurer que non seulement l’informatique respecte les lois, mais aussi se renforce à un niveau très détaillé pour éviter les « failles de sécurité » trop évidentes.

Tous ces textes reposent sur l’idée qu’il serait possible de décrire de manière exhaustive les diverses situations pouvant conduire à un risque dans les affaires et à imposer des pratiques qui se veulent de nature à réduire les possibilités de fraude et autres incertitudes allant de pair avec des risques.

C’est là où intervient l’autre exponentielle, celle de la fulgurante  évolution technologique. Dans un monde où la technologie ne change pas, ou très lentement, une fois les règles posées et les « politiques » technique en place, rien ne changeant plus, le risque serait maîtrisé pour un moment.

Mais dans un monde où la pression concurrentielle pousse à réduire les coûts et où le goût des consommateurs appelle à toujours plus de « numérique », la technologie change de plus en plus souvent. Ce qui met donc les entreprises dans l’obligation de renouveler leurs « politiques » techniques de plus en plus souvent. On constate des cycles de renouvellement qui sont passés d’une fois tous les 5 ans à une fois par an et bientôt une fois par semestre. Les coûts induits sont énormes.

Mais le risque le plus grand n’est pas dans ces coûts. Il est dans l’explosion d’une bulle de risque caché qui va croissant. Le risque de voir que finalement, il va devenir moins coûteux pour l’entreprise de ne plus veiller au respect de politiques qui changent constamment et qui finissent par faire obstacle à l’évolution technologique. Le temps, c’est de l’argent et la « compliance » n’en rapporte pas en soi. Alors ok pour la compliance, mais dès qu’elle coûtera plus qu’on peut gagner, elle fera probablement un gros « pschitt », à moins que la course technologique marque une pause.

Pour la liberté, c’est sans doute une bonne nouvelle. Car cela signifie que l’approche « compliance » déresponsabilisante et typique de grandes entreprises mammouths va peu à peu être remplacée par la prise de risque individuelle ou d’entreprises à taille humaine et responsable. Il me tarde.